mardi 23 décembre 2008

amours intérimaires

Aucune nouvelle sur ma vie affective, va pas croire.
Pas de gros changements, juste de vieux problèmes.

Quelques difficultés dans les pattes : les fêtes où je ne peux pas être partout, où il manque forcément l'une ou l'autre. L'argent qui sort plus vite qu'il ne rentre (ma vacation pour l'Etat ne paye pas le manger qu'elle me coûte...). La recherche de l'appart'. Mes compartiments de vie qui réclament chacun leur bout de la couette, et ça tire à l'intérieur.

C'est justement dans ces moments-là qu'on peut trouver de la tendresse remontante avec les inconnues, ou les moins vues. Elle n'ont que l'ombre de nos soucis à porter, sans le temps d'aider ou de les ignorer. Juste de poser un souffle doux dessus, une caresse qui donne de l'élan. Nous communiquer l'apparence de leur dynamique - puisque si ça se trouve, comme nous, leur coeur profond peine. Mais la dynamo de leur quotidien tourne encore, et dans ces rencontres épisodiques, l'énergie cinétique se transmet entre la périphérie de l'un et le centre de l'autre.

Dommage, je n'arrive pas a passer assez de temps entre deux eaux pour pour profiter d'un de ces courants passagers...

mercredi 26 novembre 2008

Le jour le plus long (prétérition)

Je ne saurais pas bien résumer que :

- au bout de deux jour d'essais, je me suis fait balancer de mon nouveau boulot. Motifs : le courant ne passait pas avec mes collèguEs, et je ne suis pas l'administratif efficace qu'on espérait. La décision est injuste mais pas injustifiée. Grosses larmes dans le bureau d'un patron, deuxième fois cette année, faudrait pas que ça devienne une habitude (ou alors j'inaugure un nouveau genre de contestation sociale)

- c'est bon de savoir que je me trompe pas sur les gens. Je suis un inconstant notoire - un discontinu - mais constater que les gens auxquels j'ai cru me rendent la loyauté et l'affection que je leur porte, malgré ma lenteur de décantation... C'est bon. Heureux donc de revoir une ex, une amie de longue date, après un gros silence.

- Le nouveau spectacle de Vaquette se joue jusque samedi 29 à la miroiterie (ménilmontant), et il massacre sa race (d'ailleurs ça s'appelle Crevez tous). J'attendais beaucoup et craignais d'être déçu : non, l'Indispensable est meilleur sur scène que jamais, son texte un stimulant concentré, une série ininterrompue d'uppercuts et d'inventions. J'y retourne sans doute samedi, d'ailleurs.

vendredi 14 novembre 2008

La terre m'attire assurément

Il y a un mois, un psy me disait de régler mon problème moi-même. Mon problème : moi-même. Une partie de la solution étant, selon lui, dans l'idée que je surestimais sans doute la taille de l'énoncé.

Je me suis projeté des obstacles de Grand Homme, et je n'en suis pas un. Le reconnaître me contrarie, aie que c'est contraire, non je ne veux pas, je ne suis pas si petit, non, non.
Pourtant.
Je ne serai pas super-héros, ni prince charmant (avec plusieurs royaumes), ni dandy littérateur à succès. Mais ce qui est vraiment triste, c'est que je ne serai sans doute pas éditeur, pas directeur de collection, pas chroniqueur, et que je n'aurai jamais l'occasion de remettre à leur place les crétins à l'égo hypertrophié que j'envie ou déteste selon les jours et les gueules. S'ils ne sont que baudruches, ils ont l'avantage certain de pouvoir voler. Je suis un gros sac d'eau tiède. Mon dégonflage sera moins spectaculaire.

Ce deuil est en cour, j'ai bien mordu la poussière, et je crachotte encore.

Même pas mort ! On se relève, on s'époussète, on retient les larmes de l'enfance pour plus tard, et on enlève les petits graviers sur les mains.
Je ne sais pas exactement à quoi je renonce, ni si j'avance.
Depuis un mois, j'ai baissé la dose quotidienne de médoc. Pas la peine de m'encotonner tant la tête, je ne vais plus marcher dessus... Les résultats commencent doucement à se faire sentir.
Je retrouve quelques moments anxieux comme je les ai toujours connu.
Pour le dégoût de soi sur matelas, rien à signaler, ce n'est donc pas chimique, attendons les chapitres suivants.
Bon point : mon indifférence récurrente pour le sexe opposé s'estompe. J'en déduis que je m'apprête à échanger une toxicomanie contre des dépendances plus anciennes. Je vais sans doute de nouveau me faire des illusions d'infini pour caniches, me faire mal. Je le prend pas si mal, c'est normal de se sentir comme ça, mon corps change. Ne nous plaignons pas, je pourrai peut-être prendre du plaisir et vivre un peu.

half-random wisdom !
"Le sens de l'irréalité coupe la liberté de l'outsider à la base. Il lui est impossible d'exercer sa liberté dans un monde irréel : autant vouloir sauter lorsqu'on est en train de tomber dans le vide." (Colin Wilson)

mardi 14 octobre 2008

Lu nulle part

T'aurais pas lu un article récent liant vaguement crise financière et écologique ?

Parce que moi, non, et pourtant, je suis quand même un peu...

La crise financière démontre l'absurdité du système dans lequel elle intervient : de 'enrichissement sur les chances futures de richesse.

La crise écologique elle aussi découle d'une absurdité logique : la production de richesses ne peut se faire à l'infini, puisque la matière première, c-a-d la Terre, est un produit fini. Même en comptant ses habitants, forêts, animaux.

Dans les deux cas, le problème est qu'une communauté de décideurs se représentent le monde sous la forme d'un mélange de roulette et de excel.

Une idée, ce serait d'avoir une assemblée, un pool, un mégalojury de citoyens, de non-spécialistes, dont le rôle serait de définir, problème par problème, ce qui est pragmatique, terre à terre, ou ce qui sort de l'usage simple de la raison. A tant de % de "je n'ai pas du tout compris pourquoi telle partie de la société fonctionne comme ça", une raisonnabilisation du problème serait demandée. Le mégalojury n'étant pas compétent pour définir cette politique, simplement pour définir le moment où elle perd toute logique.

En fait, ce serait mettre du Illitch dans la perception du monde. Si suels quelques spécialistes peuvent accéder à tel savoir ou telle technique, alors elle ne peut logiquement pas servir tout le monde, elle doit donc être perfectionnée.

lundi 13 octobre 2008

Je suis un mégalo sans ambitions

Pour découvrir cela, je suis allé voir un bobolatête. Pris au hasard dans l’annuaire de l’assurance maladie.
Après que je lui aie résumé
1) mon manque de motivations
2) mon manque de concentration
3) ma misère libidinale
il m’a dit qu’il préférait ne pas travailler avec moi. Parce que cela entretiendrait ma dépendance, et que le seul qui pouvait trouver comment aller mieux, c’était moi.

C’est désappointant de se faire refuser l’assistance d’un médecin compétent, et de recevoir de lui le même conseil que celui professé, depuis ta puberté, par tes potes, tes profs, tes supérieurs hiérarchiques et occasionnellement les journaux féminins. Heureusement que ce médecin à 90 € de l’heure m’a fait un prix, et surtout, a poussé son diagnostic plus loin. Jusqu’un point intéressant, si ce n’est inédit.

Un de mes problèmes récurrents a toujours été ma tendance à la rêverie. Je suis dans la lune. Le monde réel m’emmerde, il manque de finesses, d’harmonie, de bien-être. Mon refuge sélénite est devenu ma résidence principale, et en sortir pour me confronter aux loyers et à la bêtise de la société libérale « non Siesta-centrée » s’avère de plus en plus douloureux. C’est une rêverie mégalomane, où tous et toutes, oh oui toutes m’aimeraient, m’admireraient. Je n’ai pas construit un monde précis, avec sa logique interne : c’est juste « ah, si tout se passait au mieux ». Et je vis la moitié du temps dans cette hypothèse de bien être : quand je rêve, au travail, en société, chez moi, je n’ai pas les yeux dans le vide, je me vois superbe dans ce miroir chimérique.
Je ne suis pas un grand écrivain, un acteur culturel central et apprécié, un play-boy, un leader politique. Je ne le serai jamais. En avoir conscience n’a pas bridé mon imaginaire. Pourquoi l’aurait-il fait ? J’étais bien sur ma lune, je ne faisais de mal à personne, j’arrivais plus ou moins à survivre… De mal en pis, mais ça pourrait tenir.

Mais j’angoissais toujours, je n’arrivais pas à m’insérer dans le système, dans la société réelle, et je n’en avais aucune envie. Or le monde, quand il écarte les indécis et les marginaux, c’est pour les pousser dans le désert, le vide. Il n’y a pas de ressources en dehors de l’usine, seulement les différents échelons de pauvreté ou de misère.
Ce que j’ai compris récemment, c’est que je confondais travailler dans l’usine et essayer d’y avoir une place honorable. Ma référence de l’honorable mélangeait le modèle familial (milieu aisé, sans lien avec l’élite contemporaine) et mes propres projections mégalos sur le sentiment de réussite. Sauf qu’en fait… Je suis sans ambition. Le défaut de mes rêveries, c’est de me faire oublier cela aussi.
Certes oui puisque néanmoins, j’ai des plaisirs qui ont leur coût. La survie a son coût, de toute façon. C’est dommage que la civilisation ne soit pas moralement capable de dépasser ce stade d’animalité, mais c’est un autre débat.

J’ai des désirs, mais ils sont petits ; je n’ai pas besoin d’arriver, ni d’être grand et beau. Vaquette justement… Citons donc un des piliers de mon surmoi. Qui n’est pas n’importe quel comptoir.
« Le bonheur, c'est de tendre vers un but, et plus ce but est difficile d'accès, plus le bonheur est grand. Le désespoir naît, essentiellement, de la dichotomie entre une ambition, une prétention, et la réalité, ou plus exactement, une perception, cruelle, de cette réalité. L'un des traits marquants de la nature humaine est de toujours désirer ce qu'elle n'a pas. Aussi, un but inaccessible est-il, potentiellement, une source éternelle de bonheur ».
On a le choix entre s’élever vers le but, ou abaisser le but à son niveau. J’ai toujours cru, toujours voulu croire que c’était la première option qui m’apporterait quelque chose. Qui songerait à remettre en cause la noblesse de cette maxime ? Pas ceux qui ne se l'appliquent pas ! Et moi, moi, me dire et me croire concerné ne pouvait que me grandir… Non ?

Non. Cet letmotiv résume sans doute certaines belles (et bonnes ?) natures, mais pas la mienne. Et autant me tromper sur mon cas a rendu la dichotomie entre perception cruelle de la réalité et rêve immense, épuisante, paralysante.
Mon désir de ce que je n’ai pas n’est pas un moteur puissant. Je n’ai pas un métabolisme bourré d’adrénaline et de testostérone, la compétition m’est étrangère comme à d’autres la Foi ou la mélancolie. J’abaisse mes buts à mon niveau. Et immédiatement, écrire une lettre de motivation, organiser une soirée, décider comment vivre sans le soutien de mon père, écrire autre chose que mon nombril… Tout est accessible, tout a perdu son potentiel vertigineux. Le ciel ne menace plus de m'écraser, de m'envertiger. Je peux encore aller vers l'obstacle : il perdra toute nature olympienne, grand ou petit, il sera Siesta-mesurable.
Je peux avancer, les yeux sur mon chemin, mon imagination ne sera plus une boussole folle, mais la chanson qui rythmera mes pas. Aussi légère, superficielle ou dissonante soit-elle.

mardi 23 septembre 2008

Ayé, j'ai mis des liens.

Si vous devriez être dedans, faut me le dire, je ne mords que les inconnus.

Pandanslag.

Ca fait du bien, quand on s'est fait licencier (même un peu exprès) pour faute grave, de penser à d'autres fautes graves.

mercredi 10 septembre 2008

jeudi 28 août 2008

Raiders of the white tombs

A propos d'une amie...
Souvent, je me dis qu'elle est trop brillante et brûlante pour appartenir à mon univers. Surtout lorsque je suis, comme ces mois-ci, une matière molle, un déchet de la matière première.

Mais une opposition fondamentale finit par nous rapprocher. Elle aime les classement, les repères, l'apprentissage. Elle veut créer des ordres dans le monde, explorer des ordres cachés, inventés. Elle a peur d'être perdue et en même temps, adore l'être, pour enfin tomber sur des découvertes, de l'inédit.
Alors elle balise, elle balise et prospecte en essayant d'oublier les cartes qu'on a pu faire avant elle... Bien rassurée tout de même qu'elles existent.
Elle trouve beaucoup, ramène beaucoup dans ses filets. Une pêcheuse professionnelle.

J'avoue envier tout ça ! Car j'ai comme elle cette attirance répulsion pour le désordre, l'inclassable, les dédales. Mais bien incapable de garder le nord et encore moins de préparer un voyage, je me laisse dériver jusqu'à ce que les points de repères semblent évidents. Mes découvertes ne sont pas inédites, mais je connais mon chemin pour y aller.
Le hic, c'est que je tourne en rond, tellement lentement parfois que je ne le vois même plus. A la différence de Lachou Anne, je ne trouve pas facilement de "points de départs", de paliers d'orientation.

Nous nous rencontrons néanmoins sur les mêmes chemins.
Un jour, on saura peut-être, l'un mieux attaquer la falaise, l'autre se laisser aller à la pente...

jeudi 10 juillet 2008

Matin précis

Cher Ray Zo,

ce matin, va savoir pourquoi, va savoir comment, j'ai l'impression d'avoir une meilleure vue que d'habitude. Comme si les contrastes et saturation de couleurs avaient été réglés au poil.
De la beauté, et là, partout !
Mon désordre de glandu en est magnifié.

Après quelques instants circonspects et contemplatifs, je me dis : si la Terre est belle, je veux bien faire des efforts.


(seulement 15 % d'écologie inside)

jeudi 26 juin 2008

Le camp des méchants

Journal

Ca va ça vient... Je réponds sans conviction à un nombre réduit d'annonces, j'ai la plupart du temps pas envie de me remettre au turbin. Comme j'ai un moral plutôt bas, je m'emmerde, et ne profite même pas de mon temps libre. Le chômage blues normal, quoi.


Drift-Raff

Tu connais la Nouvelle Droite ?

C'est un groupe ou mouvement intellectuel. Ca doit peser à peu près pareil que Socialisme ou barbarie à gauche.
J'ai découvert ça dans la revue Elements, elle même issue de l'association GRECE.

Tout ce petit monde a un passé pas éloigné de l'extrême droite, et certaines idées sulfureuses, comme l'ethno-différencialisme font sortir les dents des gens du camp des gentils.
Mais voilà. La Nouvelle Droite serait aussi anticapitaliste, antiraciste, anticatho... De fait, droite, gauche et médias consensuels les détestent équitablement.
Il s'agit plutôt d'une boîte à d'idées dé-labellisées, dont Alain De Benoist serait le mécano principal.
On trouve un goût un peu conservateur pour l'histoire, des appels du pieds vers la gauche altermondialiste, des références un peu rosicruciennes, et surtout, de la bonne culture bien consistante comme on en trouve plus hors des revues destinées aux enseignants-chercheurs.

Aveu : je suis séduit par ces travaux.
Ces idées sont lyriques... Et ça manque tellement. Ce n'est pas un hasard si dans le passé tourmenté de la Nouvelle Droite on croise le réalisme fantastique de Pauwels, et autant de questionnements sur le religieux. Mon moulin à moudre le paranormal et le plus grand que nature y trouve du grain.
Ca c'est la raison "honteuse".

La raison présentable, c'est que ce corpus d'idées bouillonne plus que le plat pays de l'égalitarisme. Et qu'il a 100 bornes d'avance sur les idées politiques débattues ordinairement. Voilà pourquoi je préfèrerai toujours cent fois lire Dantec ou Vaquette à Val ou Onfray (tous référents plus classiquement gauchisss). Même si en pratique, je vis plus proche des médiocre seconds, l'emballement violent des premiers me stimule bien autrement.
Pour moi, la Nouvelle Droite, c'est plus intéressant à écouter que les discours ordinaires du camp des gentils. Je serai ravi de trouver un équivalent de mon côté : ce qui se publie à gauche est déprimant, castrateur, catéchisant, ou d'un républicanisme dont l'idéalisme dissimule mal un élitisme réactionnaire simpliste.

lundi 23 juin 2008

Hop là

32.

Même pas mal.

mercredi 11 juin 2008

T'as trop raison.

Memapa, tu es moi en pire. Tu as trop raison.
Et en plus l'exemple que tu donnes est excellent.

C'est même pas antifiguratif, dis. C'est bien foutu, c'est tout.

mardi 10 juin 2008

Que ça se sache !

Les français travaillent plutôt plus que les habitants des autres pays d'Europe. Et c'est pas une bonne nouvelle, en fait, parce que plus l'économie va bien, moins on travaille, apparemment...

C'est chiffré et expliqué chez Rue89, et, arfff, ça fait du bien à entendre.

vendredi 6 juin 2008

Ho le beau plafond...

Cher Ray Zo,



Journal :


Depuis une semaine...

J'ai effectivement quitté mon job.

J'ai passé la majeure partie du temps à faire la planche sur mon lit, comme j'en rêve souvent. Je me gorge de repos. Et c'est délectable.
Mais mon ascension vers l'état de sagesse totale est quelque peu entravée par des soucis d'argent plus grave que prévus. K-puchett ayant été à la dèche ces deux derniers mois, j'ai mis de ma poche pour le manger et quelques rares sorties, et je commence le mois avec un gros trou dans le budget. La toute-riante a depuis retrouvé un deuxième mi-temps.


Ma vieille ennemie Inquiétude reparaît donc.
Comme je suis plus lâche que Henry Miller, je me remet donc en recherche d'emploi.

Il semble que mes copains-copines aient pressenti un malaise chez moi. C'est d'autant plus louable que je ne suis généralement pas très répondant, mon téléphone est un dérangé chronique. Et moi un ours. J'espère arriver à me sortir du guêpier bientôt.


Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.


Il va falloir tenir parole

30/05/08


Cher Ray Zo,




Journal :


J'ai dis à plusieurs personnes que je n'irai plus bosser dès lundi, mettant ainsi en route mon licenciement pour abandon de poste. Maintenant reste plus qu'à appliquer.

Ma situation n'est pas intenable au point que je fuie à tout prix mon lieu de travail.

Mais mon employeur laisse pourrir la situation, et plus d'un mois après m'avoir convoqué ne me donne toujours pas de date de fin de contrat officielle. Un jour on te dit que t'es trop naze pour faire un boulot, mais on te garde quand même jusqu'à ce qu'on trouve un remplaçant. Et on prend son temps pour le trouver, il y avait urgence à me faire remarquer mes moindres retards de 5 minutes, mais faire efficace pour autre chose que le client, houlaaa.


J'ai attendu un mois, pour rester "à mon sens" honnête, mais j'ai pas plus envie que ça d'être conciliant avec une boîte qui ne me respecte pas. Qui il y a encore une semaine me demandais de faire des remplacements de dernière minute, sur des horaires plus gros que les miens. J'ai fait mes preuves en matière de souplesse, là.


Mais c'est pas si facile de camper sur ces positions. Quand on est pas une main d'œuvre qualifiée / vendable, on a presque l'impression de faire quelque chose d'illégal en partant comme ça. Et puis il y a effectivement un usage coercitif de la rétribution : si on se barre, on sait qu'on aura un temps de carence sans salaire ni chômage. C'est d'ailleurs pour ça que je choisi de partir à peine ma paie tombée.


Il faut avouer que, dès le départ, un contrat de salaire n'est pas équitable précisément pour cette raison. On est payé après avoir accompli le travail, donc on fait crédit à l'entreprise, puisqu'on lui apporte une valeur pendant un mois sans contrepartie immédiate.

C'est logique pour des travaux ou des échanges ponctuels, on montre d'abord la valeur de ce qu'on donne et on est rétribué ensuite. Mais sur une activité continue, de long terme ? Pourquoi l'employeur peut-il bénéficier chaque jour de sa part de richesse quand l'employé attend la fin du mois ?
Il y a bien sûr des raisons pratiques, comptables. D'accord. Mais ce fonctionnement reste moralement déséquilibré. Et il l'est encore plus quand le contrat est rompu, puisqu'au moment où on arrête de travailler, l'entreprise nous doit encore le temps passé depuis la dernière paie. On a déjà donné sa part de l'échange, mais l'employeur n'est pas plus contraint que d'habitude de remplir sa propre part. Il est donc à ce moment dans une position de force injustifiée. Position qu'il utilise comme menace implicite : "si tu te barres, tu vas en baver double : plus de garantie pour ton avenir proche, mais pas non plus pour ton présent, parce que le fric je te l'envoie à mon rythme, et c'est pas moi qui vais avoir l'air con avec ma carte bleue refusée". C'est ça que j'entends par "usage coercitif de la rétribution".


L'autre difficulté de la situation est le regard extérieur : mon entourage raisonnable peut ne pas comprendre que je choisisse de partir quand je pourrais rester encore quelques temps et gagner quelques sous en plus.


Une fois encore, je vais profiter de mon petit privilège de "toit sur la tête" et d'assurance survie, pour faire si nécessaire la soudure entre la paie et les assedics. Je trouve que ça se justifie, même si une part de moi se sent mal, énonçant ataviquement "tu fais une connerie".



Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.


La Raison dans le coltard

26/05/08


Cher Ray Zo,



Journal :


Allez, du courage, c'est la dernière semaine, me dis-je, constatant que mes yeux se ferment tout seuls. Pas par ma fatigue de déconfit d'entreprise, mais parce que j'ai manqué ma nuit. Panne de Stilnox. Tentative avortée de compenser avec un grand lait-sirop de canne-vodka. He ben j'aime ça, ça m'a certainement enivré, mais pas endormi. Juste quelques suées bien huileuses. Les comprimés d'Euphytose combinés m'ont tranquillisé, et si c'est du placebo tant mieux, mais pas plus plongé dans le sommeil. Et chez moi, quatre heures de sommeil, c'est loin du compte.

Penser à me racheter des liqueurs, du porto, pour moi ça marche bien comme somnoliphère.

Penser à essayer d'ajouter le pisse-mémé que j'ai acheté pour k-puchett, en cas de nouvelle panne.


Toujours est-il que là, je rame. Il doit y avoir une épaisseur de la peau qui doit ne servir qu'à transmettre l'état de fatigue. Actuellement, j'y éprouve une sensation de fièvre, de chiffonnement et de sensibilité. Pas la gueule de bois, d'abord parce que je n'ai pas assez bu, et puis j'ai aucun malaise réel. Ce qui est une bonne nouvelle.

J'envie les gens à qui l'état de fatigue apporte systématiquement une motivation/satisfaction narcissique, lutter contre la difficulté, les héros du quotidien. Pour moi ça marche rarement.


Drift-raff :


Si la terre était plate, les américains ne seraient pas là pour nous parler de créationnisme.

En fait, comme toujours lorsque la religion se met à essayer de parler le langage de la raison, il y a le moment rigolo où la Foi et le bon sens se contredisent.


On peut admettre par tolérance ou comme ici par jeu que la théorie de l'évolution est une théorie valide, et que quelque chose (Dieu, mais comme la théorie créationniste se la joue neutre et pas téléguidée par l'Ancien Testament, elle admet que ça pourrait être aussi le Grand Cthulhu ou le Plat de Spaghetti Intelligent Intergalactique) serait intervenu pour que notre monde ne soit pas un tas de cailloux, et pour que l'homme soit fabriqué tel quel, sans ancêtre moins sapiens que lui. Une fois ce petit exercice mental effectué - c'est pas facile quand on a été endoctriné dès l'enfance dans l'idée de l'évolution des espèce et de la pertinence de l'archéologie - enchaînons.


La Terre et ronde et tourne autour du Soleil. Que je sache, ceci n'est pas remis en cause par le créationnisme. D'ailleurs si la planète était plate, les marins n'auraient pas pu situer le nouveau continent sur la carte. Ils auraient fini par tomber dans le vide avant d'avoir pu annoncer aux empires européens qu'il y avait de la place, à l'Ouest, jeune homme. On arrive finalement à admettre que l'immense (et peut-être infini, dis) Univers existe aussi.


Pourquoi avoir laissé en friche tant de galaxies pour ne finalement s'occuper que de notre petit caillou ? Une hypothèse scientifique ne tient que si on peut lui donner du grain à moudre, pas si elle décrit juste une exception aux autres lois scientifiques. Quel intérêt que l'homme soit le produit d'un projet divin (ou d'un autre intelligent design) si il est prouvé par ailleurs qu'il est loin d'en être le centre, physiquement ou métaphysiquement ? C'est-à-dire que ça lui fait un créateur pas très ambitieux, non ?


J'ai rien contre l'idée d'un grand horloger, "un truc par delà le machin" qui aurait établi quelques lois physiques et puis laissé faire, parce que pour lui l'univers serait une fonction naturelle. Sans que ça ait de conséquences tordues en matière de prédestination ou de sens. Mais dès que ça remonte à des décisions "volontaires" du créateur, des décisions qu'on puisse raconter, qui impliqueraient une personne divine, on ne peut que chercher à comprendre.


En lecture :

Perdido Street Station 2 de China Miéville. Roman mélange : de la SF steampunk (et pour une fois bien plus punk que steam, l'auteur adore le crapoteux) et de la fantasy (plein de races humanoïdes, de la magie ajoutée à la science). Et je m'aperçois qu'il y a probablement une lecture mythique. Il y a des gorgones, mais aussi beaucoup de chimères (le commanditaire de la peinture, dont les cornes et le sabot peuvent rappeler le minotaure), un oiseau-homme (Icare inversé), une cité labyrinthique… Des mythèmes à profusion, voilà.
Et comme dans tout récit d'imaginaire ambitieux, tout n'est pas expliqué, il y a de la place pour rêver.



Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.

Des labys rations.

26/05/08


Cher Ray Zo,


Journal :


Cette nuit, comme plusieurs fois auparavant, j'ai fait un rêve sur un livre de réponses ultimes, d'initiation (l'origine éveillée de ce rêve doit être la lecture de Jonathan Strange et Mr Norell, empli de références à des livres fictifs et de descriptions d'un monde féerique parallèle).
Il s'agirait d'un livre d'un auteur ésotérique "oublié" sauf par quelques enthousiastes, dont un autre auteur aurait fait une vulgarisation. Le livre ne serait plus édité aujourd'hui, mais encore trouvable. Soit je le cherche dans mon rêve, soit on m'en parle, soit j'y pense. Dans le temps du rêve, j'ai le nom de l'auteur ou le titre de son livre sur les lèvres. Il y a toujours aussi dans ces rêves un thème du labyrinthe, des portes à choisir, des couloirs, et une séduisante ambiance de mystère. Ce que j'aime, dans ce genre d'ambiance, c'est l'idée qu'on puisse lire des détails dans le monde banal, indications et possibilités cachées pour entrer dans un monde plus aventureux. Un mélange de dimension parallèle, de fantasy et d'underground.


Pendant ces rêves, je suis croyant. Le jour, j'ai une nature immédiatement crédule, compensée par une réactivité faible et un sens critique assez alerte. Je pourrai croire quelqu'un qui me baratine d'une façon cultivée et habile sur des thèmes comme l'amélioration de l'âme, les pouvoirs mal connus de l'esprit, tout ça. Mais comme je suis lent, le temps que les outils de persuasion soient mis en marche, j'ai vu les défauts du système, les zones floues, les réutilisations maquillées d'éléments mystiques connus… Bref, jusqu'ici, je ne me suis jamais fait pigeonner.


Ces rêves synthétisent une partie de mes goûts, de mes espoirs. Il demeure une envie qu'une démarche mystique aboutisse, qu'on puisse avoir sur soi-même un contrôle magique, genre yogi ou chamane. Les idées de Ravalec et de Colin Wilson me plaisent particulièrement car elles sont rattachées à l'art, à la créativité. Dans ce genre de thèmes, je suis aussi tenté par la prise de psychédéliques, la méditation transcendantale, la sophrologie et le rêve lucide.

Ca vient sûrement d'une forme d'esprit chaotique, rêveuse. L'impression que les fragments d'étrangeté qui emplissent mon esprit, mes associations d'idées digressives, mon goût pour les détails hors-norme, devraient aboutir, si ce n'est à quelque chose de cohérent, au moins à quelque chose d'épanouissant en moi. Un rapport personnel à l'univers, ça aurait son petit charme.



En lecture :

Jonathan Strange et Mr Norell : un aspect intéressant des longs romans et des sagas, c'est de voir aller et venir des personnages à l'intérieur du récit. Ils sortent de la sphère de vigilance du lecteur, pour remonter à la surface des pages au moment propice. C'est un des effets qui peuvent donner du vivant au livre, comme si ces personnages étaient libres de leurs mouvements et pas engagés sur les rails de la narration, alors même que l'auteur a justement exercé un grand contrôle sur elle.



Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.

samedi 24 mai 2008

Territoires plus ou moins enchantés

Cher Ray Zo,




Journal :


Toujours sous le joug de la pression due à la présence familiale.

Par ailleurs, mon employeur, après m'avoir signifié que j'étais licencié, m'avait demandé de rester en attendant de me trouver un remplaçant. Et ne l'a toujours pas trouvé au bout de deux semaines. Je trouve la chose un peu cavalière, d'autant que je serai vraiment heureux de passer quelques temps au chômage, pour respirer.

Bref, je passe d'états d'abrutissement et de lassitude extrême à l'irritabilité la plus désagréable. Des envies vengeresses d'envoyer plein de gens dans l'océan (salariés de l'entreprise, usagers du métro), ou sur la Lune, un endroit lointain d'où je ne les entendrais pas.


___________

Un souvenir : la première image effrayante et marquante, j'ai dû la voir dans une église. Sur un vitrail, des anges armés, aux visage sereins, maltraitaient des gens, ou les piétinaient.



En lecture :


Jonathan Strange et Mr Norell, gros pavé divertissant de Susanna Clarke. Ton très anglais, souvent plein d'une ironie amusée. Narratrice extra-diégétique cordiale. Récit à tiroirs, plusieurs contes enchâssés dans les chapitres du roman, souvent sous forme de notes de bas de page de plusieurs pages elles-même. Cadre "gothique" de l'angleterre du XIXème, entrée progressive de la magie, sur le mode du merveilleux.


Drift-raff :


Protectionnisme. Le mot n'est pas très engageant. On s'imagine de douaniers dans des miradors blindés, veillant au travers de meurtrières exiguës sur des frontières fortifiées, recroquevillés dans la crainte qu'un étranger s'adresse à eux dans un patois guttural pour essayer de leur vendre des légumes pleins d'asticots.


Alors que bon. Non.

Le protectionnisme change de sens en fonction de la communauté à laquelle il s'applique (un pays, une alliance commerciale, une région…) et surtout de son domaine d'application.

Par exemple, favroiser un marché commun de la bouffe en Europe, en défaveur de l'importation de céréales ou de fruits et légumes étrangers, ça aurait un peu de sens.

Des fraises qui n'auraient pas fait plus de deux mille bornes pour venir, qui utiliseraient moins de gasoil cher au litre et tout polluant… S'arranger pour faire pousser près de chez soi une partie importante de ce qu'on consomme, au lieu de faire d'immense champs d'un seul machin qu'on arrivera pas à exporter finalement.

Mais l'agriculture intensive demeure le modèle dominant, favorisé par les aides de l'Europe. Et dans les formations spécialisées, c'est un dogme, on ne propose pas d'autres alternatives.

Ca doit venir d'une fascination pour les gros chiffres : 100 quintaux de blé doivent plus stimuler l'entrepreneur que 33 de trois plantes différentes…

Je connais mal cette partie de l'économie, mais intuitivement, je crois que le marché n'a pas favorisé le bon sens dans ce domaine… Je serai intéressé par toute vulgarisation bien foutue dans ce domaine…


Nan mais sérieux. Le prix de la bouffe devient inaccessible, vraiment. 44 % du budget des ménages pauvres passe dans le loyer, l'électricité… Plus le ménage est pauvre, moins il reste de quoi bouffer, et j'imagine que plus le loyer montre, plus il y a de gens qui ne peuvent pas en payer un. J'ai la sensation que le paradoxe entre une économie riche et des besoins basiques inassouvis (nourriture, loyer, environnement non-apocalyptique) se fait plus visible, que la limite du système est sensible.


Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.

mardi 20 mai 2008

Dérangements

Cher Ray Zo,




Journal :


Le séjour de ma famille chez moi me fatigue… Je ne peux pas me détendre tout à fait en rentrant le soir, et les journées démarrent dans le bruit et les sollicitations.

Ce n'est qu'une vie sociale normale, il y a des tas de gens qui vivent bien comme ça, d'autres qui ne peuvent pas faire autrement.

Le savoir ne me soulage en rien.

Je vis heureux quand se suivent plusieurs jours où je suis seul dans ma caverne d'ours. La présence prolongée d'autres personnes dans mon environnement proche constitue autant de voiles opaques qui m'aveuglent et me pèsent au fur et à mesure qu'ils se superposent sur moi.

Ca me fait une tête de revenant, je n'arrive plus à penser clairement, et ma tendance naturelle à la mélancolie devient mon trait de caractère principal. Je n'arrive pas à maintenir le contact avec mes amis, même quand je pourrai me créer des occasions. Tout devient difficile ou impossible. Conserver mon égalité d'humeur mobilise toute mon énergie, et j'en ai aussi peu qu'une pile de walkman.


Parmi les détails qui rendent la vie plus difficile, il y a la "privation" de DVD. Ma grand-mère dort dans le salon, l'écran qui s'y trouve également et m'apporte le reste du temps de nombreuses satisfactions m'est donc inaccessible. Mon horizon mental se limite à mon oreiller, comme à chaque fois que je n'aie pas envie de vivre quelque chose.

Mon oreiller, qu'il m'engloutisse jusqu'à ce que la paix soit redescendue chez moi !


Drift-raff :


Je laisse la parole à l'intégriste tordu qui réside dans un coin mal balayé de mon crâne, et exerce sur moi des influences dont je me passerais bien.


Il y a une manière coquine de parler et d'aborder le sexe. Une façon de rire des mots ou des actes sexuels que l'on est en train de commettre, comme s'ils étaient une réjouissance transgressive. Comme s'il était taquin de jouer sur la sexualité. Je ne trouve pas ça du tout drôle, moi. C'est quand même une des choses les plus communes au monde.

Je trouve ces rires un peu idiots. Comme une persistance d'âge bête.

Je n'apprécie pas plus les grands éclats de rire, les fous rires et les amants qui jouent à se poursuivre. Ou à s'éclabousser quand ils sont nus dans l'eau. On voit parfois ce genre de scène au cinéma. Sans doute plus souvent que dans la vie, mais là n'est pas la question.

Qu'est ce que c'est que ce chahut de gamins ? Ca gâche la beauté du sexe et des gens, voilà ce que ça fait. Pourquoi pas se maquiller en clowns pour faire l'amour, aussi.

La gaudriole est une dégradation de l'humanité. Qu'on emmène tous ces petits ricaneurs au goulag.


Voilà, merci à mon petit tyran intérieur pour sa participation.



Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.


vendredi 16 mai 2008

Vagues et gags.

Cher Ray Zo,




Journal :


Avec k-puchett, on ne peut pas se voir longuement ces temps derniers. On se retrouve de temps en temps à Opéra, juste milieu entre nos deux foyers.

Je ne saurai pas comment lui dire sans craindre de la blesser, mais je retrouve avec joie des élans amoureux, des vagues qui n'ont assez de large pour se former qu'avec la distance et le manque.


Drift-raff :


Les formes austères des femmes dépourvues de gourmandise.


Histéro-board :


Une femme de narco ramène sa frime dans un centre commercial. Clics-clacs de talons, bijoux, habits sexy et couleurs criardes.

Elle bouscule le héros, qui est dans son passage. Bermuda et grosse chemise à carreaux, coiffure de réveil.

Comme le héros n'a pas cillé, elle se tourne vers lui et lui hurle dessus.

Le héros lui souffle sa fumée de clope au visage.

Elle continue à brailler.

Un garde du corps se précipite sur le héros dans l'intention de le frapper.

Sans te tourner vers lui, regardant toujours la narca, le héros arrête le poing du garde du corps d'une main, une torsion de bras et le molosse met genoux à terre. Le héros l'assomme d'un coup de genoux.

Il glisse quelques billets dans le corsage de la pouffe, et s'en va.


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Il y a des voix que tout le monde finit par entendre. Celles des répondeurs de fournisseurs télécoms, de réseau d'ordinateurs. Celles des réseaux de transports publics. Elles parlent à des milliers de gens chaque jour, tout le temps. Tous les jours, il y a des personnes qui s'énervent d'entendre ces voix. Qui en ont marre de leur message répété, de leur tonalité. Qui voudrais que les voix se taisent.

Au cœur des processeurs, quelque chose s'engraissent du dépit de ceux qui les entendent. Un jour, ces voix nous hurleront toute leur haine aux oreilles. Ce sera peut-être comme une multitude de fax qui se mettra à chanter dans tous les haut-parleurs.


En lecture :


Ravalec parle des Siddhus du Gange, et les décrit comme des "clochards célestes".

La filiation entre Ravalec et la Beat Generation m'apparaît d'un coup évidente.


"Si le Libre Arbitre était le Sel de l'existence, il en était aussi la peau de banane". (Ravalec)



Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.


Nul n'imagine quel est son secret.

Cher Ray Zo,


Journal :


Ca fait deux nuits que je dors bien, que je me réveille avec plutôt la pêche.

Pas de raisons particulières à ça. Si, je me couche un peu plus tôt, et pour cause de non croisement entre ma vie affective et ma vie familiale, je dors seul. Mais en même temps, ça ça fait déjà une semaine et demie.

Peut-être que d'avoir dépassé le w-e de présentations me décontracte. Ou l'approche d'un retour en mode "je suis chez moi", mais je ne me tranquillise rarement d'avance comme ça. Plutôt l'habitude de vivre en apnée le temps que les choses passent. D'où mon étonnement à respirer.



Drift-raff :


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C'est con la géopolitique. On bombarde l'Irak ou l'Afghanistan parce que zut, mais parachuter du riz et des piquets de tente sur la Birmanie, non, c'est compliqué ya la Chine et la Russie qui regardent… T'imagines ? Rangoon qui refuse de vendre son pétrole à un pays : "nan, pour toi ce sera plus cher, tu nous a balancé des trucs utiles quand on voulait pas".

Faudrait appliquer la stratégie d'Ayerdhal, dans Demain un oasis. Tu kidnappes un clampin, mettons un stratège des armées, un médecin consultant sur la santé en milieu urbain, un ingénieur agronome, et puis tu le balances dans un village paumé du tiers-monde rempli de gens en sursis, avec les mouches sur le visage, un endroit qu'il peut pas quitter par ses propres moyens, et t'attend qu'il se soit impliqué sur place pour le rapatrier.


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J'aime Cobra, parce qu'entre deux aventures bizarres, il peut glander dans son vaisseau en regardant l'univers par la fenêtre. Alors que dans les autres dessins animés de l'espace (Capitaine Flam, Albator, Les mondes engloutis, Ulysse…), les personnages sont entourés de suractifs et de caractériels. Jamais ils ont la paix. Ca sert à quoi, le vide intersidéral, si dans l'Espace il y a plein de monde en train de gueuler ?




Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.

Le mec chiant, déjà.

Cher réseau,


Une peur : je crois être un garçon ennuyeux. Je pense l'être la plupart du temps, en fait.

C'est peut-être que je m'ennuie souvent.

Et puis, je ne suis pas souvent drôle.

En ce moment je crois être un peu sinistre, même, j'ai envie de rien qu'à me plaindre.

Je ne suis pas particulièrement intelligent. Même quand mon avis n'est pas banal, j'ai pas les ressources ou munitions mentales pour intéresser quelqu'un avec.

Je préfère souvent ne pas échanger à un désaccord mal exprimé et inefficace. Alors, on reparle encore de ci ou ça, et puis je laisse causer. Trop patient, et pas entreprenant.

Je passe mon temps à rêver à autre chose.

J'aime pas danser. Et bois peu.

Je suis pas à l'aise avec les inconnus, sauf s'ils multiplient d'eux-mêmes les signaux de connivence.

Et je te parle pas de mon ton de voix, idéal pour endormir les femmes ou leur faire penser à acheter des endives. Je parviens à endormir mes psy avec ma voix, et pourtant, je m'intéresse à ce que je raconte, dans ces cas-là.

Or, pour moi, on doit savoir faire réagir l'autre. Peut-être que je cherche trop à apaiser. Ou alors je suis indécrottablement lymphatique.

Tu dors, là ?

Je m'en doutais.


En lecture :


Vincent Ravalec : Nouvelles du monde entier.

L'art de la candeur/ le délire de l'immédiat comme recomposition d'un monde chaotique…


Une récurrente de la narration, c'est le point de vue du narrateur qui essaye d'abolir la distance avec les personnages et avec lui. Le ressenti du narrateur est plein d'interrogations, ce qui permet de nombreuses variations dans cette proximité voulue. L'authentique est parfois une vérité simple, parfois une révélation, parfois une superficie ou une superficialité mise en valeur par une parole devenue ironie. Et d'autres nuances qui au final donnent du vivant au texte.


Je retrouve l'une de mes figure de style favorite, le discours mi-direct mi-indirect (plus sûr de comment ça s'appelle ? Discours indirect libre ?). Par exemple : "Fala s'est levée et a balancé le cendrier en même temps qu'elle criait mais tu peux bien te les baiser tes Pamela Anderson, j'en ai rien à foutre". On économise les guillemets, les subordonnées "il dit que, elle répondit que". Bien maîtrisée, cette figure permet beaucoup de subtilités, concilie le percutant et le didactique, et préfère une manipulation ouverte des mots à une neutralité trompeuse. J'avais travaillé dessus en fac, dans les romans autobiographiques de Jules Vallès.

Intéressant, Ravalec semble utiliser indifféremment l'indirect libre, le discours cité, le dialogue et le discours rapporté. Je n'en suis pas certain, mais je crois qu'il s'agit autant d'un choix en fonction du rythme de la langue et du récit que de la distance voulue entre le narrateur et les personnages qui s'expriment.




Drift-raff :


Bon, j'atterris à peine sur une question basique.

Comment ça se fait qu'un gars comme Jésus, dont on a prouvé l'existence historiquement, devenu avec les siècles la superstar number one, n'ait jamais été physiquement retrouvé ?

Selon l'Eglise, il s'adressait au monde entier. Avant Paul (IVème siècle), on considérait qu'il s'adressait uniquement aux juifs, non aux Païens.

Mais si de sa dépouille et de sa généalogie il ne reste rien, en fait, il était juste leader religieux d'une petite faction, non ? C'était pas un gars exceptionnel.

Le message est intéressant, pas véritablement novateur finalement (il y avait de la concurrence, chez lui), et par ailleurs très déformé par ses porteurs ultérieurs. Mais physiquement, archéologiquement, rien ne montre qu'il fallait en faire tout un fromage, de ce prophète.

Ce qui est embêtant, parce que le fils de Dieu devait probablement avoir une idée de comment laisser une empreinte identifiable dans le temps. Genre une tombe.


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Ce qui serait bien, ce serait un protocole international sur la prise de responsabilité. Dès qu'une personne atteint une quantité critique d'influence sur le monde (du prince Saoudien au PDG de Microsoft), mais également un parieur en bourse,, il devrait répondre à un questionnaire psychologique et social.

Il ne s'agirait pas de contraindre directement, mais de rentre prédictible les comportements des personnes influentes. Et de former des agents spéciaux capable de les influencer. Gnihahahaha.


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Les économistes probabilistes sont des cuistres.

Si si, je viens de me le faire démontrer.

En fait, les mathématiques probabilistes sont basées sur une prémisse fausse du point de vue pas négligeable du réel, la courbe de Gauss. Dans cette courbe en cloche, le gros des événements se rassemble autour d'une moyenne. Or, aucun événement réel, d'ordre biologique, social, économique ou climatique ne peut être prédit suivant la moyenne des probabilités, puisque ce qui est important se déroule en général aux extrêmes de la courbe, là où les probabilités sont nulles ou presque.

Rien qu'à cause de ça, on devrait limiter l'influence de la bourse sur l'économie réelle. Parce que ces mathématiques sont la base de leur formation.

L'économie financière est donc un pur jeu de hasard, avec lequel quelques têtes de lard incapables d'un minimum de sens commun foutent le monde en l'air.

mercredi 7 mai 2008

Petit joueur

Cher Ray Zo,


Ma fille Loulou. Elle me ressemble souvent. Sauf qu'elle a les yeux bleus…

Je ne suis pas en accord avec sa mère sur certaines habitudes, mais au fond, je crois que son éducation est excellente. Sauf le bordel monstre de l'appart' de Brit. Je n'ai aucune fascination pour l'ordre et la propreté, contrairement à la plupart des membres de ma famille, en revanche, je trouve le bordel anxiogène, au-dessus d'un certain seuil (le niveau des genoux).


Je suis un papa de w-e. Je trouve ça triste, même si pour l'instant, je ne pense pas pouvoir prendre un rythme beaucoup plus rapide.

Triste pour moi, j'entends. Loulou vit bien dans cette configuration, et même si je lui manque parfois, la situation n'est pas vécue comme un problème, un dysfonctionnement.

C'est plutôt moi qui pour l'instant me heurte à mes limites pédo-relationnelles. Ou relationnelles tout court, peut-être.

Je ne sais que regarder et sourire à Loulou bêtement, pas vraiment jouer, je ne comprends pas la moitié de ce qu'elle dit. Et je la rassure moins que sa mère. Par exemple, elle ne s'endormira pas si c'est moi qui lis l'histoire du soir. Et je crois que Brit ne me la confiera pas à dormir avant quelques années.

Par ailleurs, je suis toujours fauché, je n'ai pas toujours les moyens de faire petits cadeaux.

Bref, ce qui est un peu triste, dans l'histoire, c'est de me sentir encore plus limité que ce que je voudrais.


Toutefois, la tendresse est là, l'attachement. Je n'ai vraiment pas cette fibre très développée au naturel, et je ne veux pas la cultiver méthodiquement. Mais je sens bien que ça pousse en moi. Que ce ressenti, je devrai en tenir compte pour donner plus à Loulou, au fur et à mesure.

Je sais que selon les points de vue traditionnels, ces sentiments peuvent sembler aberrants. On ne constate pas le chatouillement de la paternité près de trois ans après la naissance, on ne regarde pas son sentiment évoluer comme un bonsaï, on n'envisage pas son enfant comme une installation artistique in progress.

Evidemment ! Mais le lien familial que nous tissons n'est pas classique. Je crois que c'est une surprise, et une responsabilité dans une gamme autre que celles des autres pères. A la fois dans celle du père séparé, celle de l'oncle et parrain. Je n'occulte pas le lien familial, ni la responsabilité, et la question n'est pas de savoir si c'est assez ou suffisant : l'idéal ou la norme ne permettent pas de comprendre, mais seulement de juger. Ce que je veux, c'est faire attention pour bien faire. Aimer attentivement, et rester fidèlement à portée de vue puisque je ne vis pas à portée de main.


En lecture :


L'homme-Dé, de Luke Rhinehart.

Autobiographie, autofiction, manifeste romancé, satire psychiatrique ? L'histoire du Dr Rhinehart racontée (une partie du temps) à la première personne, un homme qui a décidé de détruire sa personnalité en laissant des dés choisir pour lui ses prochaines attitudes, entre plusieurs options définies avec une diversité énorme.

C'est tentant, dérangeant, drôle… Ca vient croiser pas mal de textes situ qui proposent le jeu comme horizon du progrès (plutôt que des utopies sociétales). Je pense aussi un peu à La conjuration des imbéciles, de John Kennedy Toole. Je me sens concerné par les préoccupations étranges du narrateur, je me demande si jouer sa vie aux dès serait intéressant…

Le livre pose une question intéressante : dans une société incohérente, est-il sain d'essayer de rester cohérent ? Le développement d'une personnalité multiple ne permettrait-il pas de vivre plus pleinement ? C'est une possibilité que des auteurs récents envisagent sincèrement.

On aurait la possibilité de protéger son moi, sa cohérence, mais de refuser de comprendre le monde, ou de l'ignorer. Mais être libre aussi radicalement, c'est aussi ignorer le monde. Et peut-être qu'un monde incohérent nous fait croire qu'on doit l'être, mais que quelques jours de vacances au calme nous aiderait à retrouver le nord.

Franchement, la question est intéressante.

Apparemment il s'agit d'un livre culte. En tout cas, le pavé est très digeste jusqu'ici. Par contre, je suis au deux-tiers, les limites d'un récit basé sur le hasard sont atteintes, j'espère qu'il y a un développement aussi prenant.


Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.

mardi 6 mai 2008

Famille je te... oh, et puis zut.

6/5/08


Cher Ray Zo,

Journal :


Ca ne rigole plus.

J'entame une période à famille. Au programme, mon frère et ma grand-mère sont chez moi pour deux semaines, et ce w-e je vais chez mon père pour me faire présenter son ex-maîtresse et future femme.

Très grosse pression, et pas de la petite bière.


Pendant ces deux semaines, je vais probablement vivre une grande partie du temps dans les frusques du "paumé qui donne de l'inquiétude". Et dans la famille, quand on est inquiet, c'est lourd.

Comme ce moment-là, au collège. Tu viens de dessiner un super beau robot de guerre sur ta table. Le bras gauche est démesuré, mais avec le triple canon, ça le fait bien quand même. Ca le fait même mieux que si c'était symétrique. Et puis quelque chose attire ton attention. Un silence inhabituel. Pas de bourdonnement de bavardage, ni la mélopée hoquetante de Mme Varan, la prof d'HG.

"Vous pouvez me dire ce que vous faites ?", demande-t-elle avec une voix frappante, pleine d'offuscation, et surtout bien trop proche. Et elle attend vraiment que tu répondes "je dessine sur la table". Elle bougera pas tant que tu l'as pas fait. Les excuses ne fonctionnent pas, il faut dire tout haut "là, je fais une grosse connerie ridicule".

Mieux : imagine un voleur de pomme au milieu d'une lande sèche et rocailleuse. Et une section de tanks et des hélicos type forteresses volantes autour de lui. Et dans l'un d'eux, un hygiaphone, avec lequel un général crie au gars : "et maintenant, tu comptes faire quoi ?". Et il attend une réponse, hein. Et même des actes. Il renverra pas les tanks tant que le voleur n'aura pas bredouillé bêtement et longuement. Sinon c'est pas du travail.


Un moment comme ça, étendu sur deux semaines.

Cette pression se nomme culpabilité. A petites doses, ça va de paire avec la compassion, l'empathie, le cœur, ce genre de choses. Un don de naissance, parait-il. Désagréable mais lubrifiant social essentiel.

A grosses doses, c'est un peu comme un 6ème orteil gauche. Ca sert à se faire mal et à rien d'autre.


Alors je les sens assez mal, ces semaines à venir.

Il y aura probablement quelques jours critiques où je commencerai le chômage et où ma grand-mère sera encore là. J'envisage diverses stratégies de fuites. Je n'échapperai pas à certains regards matinaux me signifiant que je suis le Héraut de la Désespérance, et aussi un sale gosse. Au réveil c'est déjà pas la joie, une journée entière, c'est depressiogène, ou masochiste.

J'espère qu'il fera encore beau et qu'il y aura des trucs à voir au ciné.


Drift-raff :

- Comment ça, une relation juste pour le plaisir, sans prise de tête ? On est pas des animaux !

- Exactement. Les animaux ne pratiquent le sexe que pour se reproduire. Je n'ai pas l'intention de nous rabaisser, je cherche donc uniquement le plaisir.



Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.

C'est rempli d'itées.

05/05/08


Cher Ray Zo,


Journal :


Il y a une porte à côté de mon accueil. Beaucoup de passage. Cette porte à, depuis trois semaines, une voix sympathique. Un grincement qui tourne bien. Ca fait une sorte de court "ah" de surprise, selon la vitesse, plus ou moins interrogatif ou joyeux.

Presque à chaque fois je me tourne pour essayer de trouver ce qu'il y a d'étonnant dans le hall. Rien. Sauf moi mais chut.


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Mode semi-automatique.

Juste pour le bruit, la concentration minimale.

Minimal, on est mal.

Involonté d'être là. Là au boulot, là chez les amis, là avec celle qui dure.

Je ne m'en fous pas. Je ne m'en fous pas. Je n'éprouve pas d'envies. Je veux me reposer, me coucher. J'ai toutes les peines du monde à rester éveillé.

Et le reconnaître c'est me perdre, m'abandonner. Admettre. Ce n'est ni bien ni mal, c'est. Et seule la peur me retiens de pas dormir.

La boîte va me jeter, et je tiens encore cette barre. Pour une poignée d'Euros de plus.


Manque de stimuli. Manque d'espoir. Manque de repos.

Envie de me laisser partir dans le sommeil. Le sommeil, c'est ma confiance. Je m'endors parce que je veux croire qu'on me protège. Qu'on me veille. Le sommeil, c'est moins d'anxiété, personne qui m'attend.


Si j'ai tant de mal à résister, c'est sans doute que je ne m'attends plus.


Je parle parfois d'addiction à la farniente. En partie parce qu'au-delà des ressentis physiologiques, il y a l'obsession.

Que ce serait bien, un shoot.

Le matelas qui s'étend, la lumière douce, la pièce tiède, et glou-glou-glou… la torpeur, le sommeil.


Drift-raff :

A chaque fois que je tombe sur cette expression, j'ai l'esprit qui part faire des noeuds : "avoir une identité secrète". Ca m'arrive souvent, puisque j'aimons bien les comics avec des super-héros, et les films, et les séries, et les magazines.. Bref. Et régulièrement, je vérifie mentalement si Spider-man est l'identité secrète de Peter Parker plutôt que l'inverse. C'est-à-dire que Peter Parker est le secret de Spider-man, même si Spider-man celui de Peter Parker.

Voyez, même en connaissant l'info, ça n'est pas clair.


Mais alors certains disent " vivre sous une identité secrète". Et là c'est impropre, ou je comprend plus du tout : le secret devrait être caché dessous une identité, pas la vraie vie sous l'identité secrète.

Je pense que c'est un problème d'habitude linguistique. On dit "vive sous une fausse identité". Et là c'est logique, la fausse identité est fabriquée pour cacher la vraie. Mais vivre sous une identité secrète… Je vois trop des gens qui se baladent avec des masques et des t-shirts "j'ai une autre identité mais c'est un secret".


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Jubilatoire.

J'en ai marre de lire ce mot partout. Pas une semaine sans qu'un critique jubile sur quelque chose. Je ne sais pas ce qui parait sonner le plus faux : qu'il y ait un grand courant d'objets culturels excellents dans les océans médiatiques, et que je sois tout bonnement incapable d'en suivre la vague, ou que parmi la frange cultivée de la population, il y a des gens qui pètent d'enthousiasme.

Un peu les deux. Mais j'ai l'impression, pour la seconde hypothèse, que cette jubilation relève souvent d'une excitation superficielle. Des petites joies qui voudraient se faire passer pour des fenêtres sur le bonheur.

En fait, je ne comprend pas qu'on puisse être intelligent, apparemment si joyeux et finalement si chiant.


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Honnête homme, ça sonne bien.

Ce qui me plait, dans cette expression vieillotte, c'est cette synthèse entre l'ouverture d'esprit et la morale.

L'honnête homme semble une figure assez naïve, puisque le progrès technique et le progrès moral, sans parler de l'accessibilité du bonheur, ont révélé leur indépendance. Pourtant… Qu'est-ce qu'on peut mettre à la place, vraiment ?

Des capillotracteurs, qui, par refus de l'utilitarisme, jouent avec les riens, infatués de leur sujet au point de croire rejoindre ainsi le tout.

Des robots-mixeurs, qui entassent tout, et on balance deux trois trucs hyper-pointus pour faire croire qu'on est pas largué.

Des robots-mixeurs eschatologiques, les mêmes en descente de trip.

Des spécialistes planqués derrière la neutralité d'un savoir circonscrit au poil près.

Des meutes de surinformés mal lunés.

Des bonnes âmes graphomanes.


Le pire ce n'est pas qu'ils se mêlent au bruit d'un trop plein de fréquences. C'est que ce rendre compte qu'ils ne disent rien de fort requiert plus d'attention que les autres braillards.



Visionné :


Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.

Pas de nerfs, pas de guerre.

Cher Ray Zo,


Journal :


Demain je revois ma responsable pour préciser les modalités de mon licenciement. J'ai annoncé la nouvelle à mon père, qui s'inquiète et se fâche.


A côté de ça, toujours pas de signe de l'assurance maladie. J'ai une dent du bas qu'est en train de partir en miettes depuis un mois ou deux, et j'ai pas consulté parce que pas les moyens… Mais là, j'ai surtout plus moyen de reculer. J'ai des éclairs de douleurs dès qu'un bout de nourriture se balade par là. J'espère que le dentiste sera patient à l'encaissement du chèque.


Le temps passe bien trop lentement aujourd'hui.

J'ai hâte d'arriver à une journée de farniente. Flotter chez moi comme un nuage.

Je crois qu'à la fatigue de cette semaine éprouvante vient s'ajouter l'anticipation décourageante de mes prochaines semaines à famille.


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Je me souviens d'un texte, pêché je ne sais plus où.

Ca disait : comment rendre votre vie plus prenante qu'un film d'action.

L'idée, c'est que le rédacteur du texte appartenait à une génération d'ennemis. Des jeunes gens modernes, amoraux, rapides, qui guettaient ma chute.


J'étais pas très doué pour la haine, la concurrence, les rapports de domination. Plus doué pour le peur, la faiblesse et l'empathie. Pourtant, de déceptions en désarrois, je me sens venir des mépris plus crispés. Marre de ménager les individus…

Marre d'être doux.


M'imaginer des ennemis, derrière le visage des éternels jeunes cons batailleurs et des sempiternels petits caporaux de l'égocentrisme, les sentir nuisibles en plus de les savoir bêtes, et finalement les regarder comme un camp adverse concret… Croire que ce sont des gens que je pourrai cogner, vraiment, et me préparer à cette éventualité. Rétrécir mon champ de vision jusqu'à devenir capable de penser que quelqu'un est entièrement connard.


M'inscrire dans cette opposition, comme n'importe quel mini-prédateur de la société concurrentielle et sportive. Ou n'importe quel casse-pieds professionnel. Ca pourrait m'aider à trouver ma place, accepter les rapports de soumission et d'autorité. Je pourrai prendre plaisir aux rancoeurs, et peut-être jouir des victoires de merde.

Ca m'apprendrait la discipline.


Tombé au champ d'erreur

24/04


Cher Ray Zo,


Journal :


Voilà, je vais être viré / démissionner. C'est inattendu sans être surprenant. Trop indolent, trop familier, pas assez sérieux pour le poste, on ne me l'apprend pas.

Concrètement, ce qui me pend au nez c'est une faute grave, que je ne pense pas avoir réellement commise, mais il suffirait probablement de souligner l'une des nombreuses petites fautes répétées qui pourraient conduire à la faute grave ou à l'incident. Et ce n'est pas à moi, apparemment, de juger de la définition de grave. J'ai pleuré à la fin de la convocation.


Là, je n'angoisse pas encore, mais ça ne saurait tarder. Matériellement, je ne suis dans doute pas en danger réel. Sécurité matérielle familiale, a défaut de bien-être. Mon père ne me fera sans doute pas de sale coup, et me soutiendra probablement le temps que je retrouve un revenu (et pourquoi pas un boulot où je me sente utile, tiens, rêvons).

Je ne sais pas dans quoi chercher. Un poste de clerk de bureau… Idéalement dans un environnement pas trop formaliste, histoire de passer un peu à autre chose.


Le plus difficile, même si ce n'est pas ce qui est le plus instantanément ressenti, c'est de me sentir une fois de plus en inadéquation avec les mœurs les plus admises de la société.

J'aimerai bien plus de fierté réconfortante - la fierté sert-elle à autre chose ? - mais ce n'est pas le cas. En moi se joignent une sensibilité égotiste irréductible et l'indécrottable et poisseux désir d'être accepté.


Alors, oui, il y a de la fierté. Pas au point d'avoir fait exprès de ne pas convenir, pas au point de ne pas me remettre en cause. Fierté fallacieuse, tirée de la prophétie auto-réalisée "je ne suis pas fait pour ça". Je me contenterai bien de vous chanter à ma façon I'm a creep, I'm a weirdo, what's the hell I'm doing here, I don't belong here, un peu de fanfaronade adolescente, mais je n'ai pas tant de caractère.


Je ressens un soulagement gênant : ouf, je n'ai plus à prouver que je suis pas une tache, ils pensent déjà que j'en suis une. Ce sera ça, l'angoisse, quand je me remettrai à chercher : il va encore falloir démontrer le contraire, ou le faire croire. Aux entretiens, puis au quotidien.


C'est ça qui me fatigue le plus, dans un boulot.

Cette tension : masquer ses défauts, savoir que tout à l'heure va tomber une autre occasion d'être jugé. Sans jamais qu'on puisse se reposer sur une ou plusieurs victoires. La machine continuera à tourner, il faut participer sans faillir. Un rouage comme moi est normal quand il fonctionne, mauvais dans le cas contraire. Pas de qualités temporisatrices, de reconnaissance. Ca marche ou tu peux crever.


C'est comme ça.


Voilà, vos idées de sauvetage pour Lagaffe lunaire sont les bienvenues.

Piercing au pantalon

22/04/08


Cher Ray Zo,


Journal :


Tous mes pantalons percent à l'entrejambe. Plus précisément juste entre l'anus et les bourses. Ca m'énerve, ça me fait me sentir gros.

Je n'arrive plus à perdre du poids. Etant donné mon goût modéré pour les végétaux et plus affirmé pour la junk food, je pense, soit me mettre à faire de la cuisine, soit me faire fournir des dérivés d'amphétamines. Ca dépendra de ce qui est le plus facile.


Facile.

La vie n'est pas facile mon petit lunaire.

Ca ne rentre pas. Je ne dois pas être assez désespéré. Triste, oui, mais pas désespéré. Je crois encore à un avenir joli et doux et intéressant et mordant.

Et crois-moi ou pas, cet espoir est juste la vaseline qui rend le présent moins irritant.

Pas que j'aimerai être plus cynique. Le cynisme, depuis Mitterrand, c'est une paresse mal assumée. Et j'assume pas si mal. Mais je voudrai ne plus avoir rien à attendre, et me sentir plus libre d'agir juste pour voir ce à quoi j'arrive.

Mais ça voudrait dire passer par une souffrance plus forte. Brûler jusqu'à n'être plus que carbone et sels élémentaires. Et recréer la vie à partir de ça.


Drift-raff :

Mettez fin aux brutalités policières. Apprenez aux hippies à se défendre. (Paul Muller)

J'alternoie.

Drift-raff :


Concept : "La sous-consommation ostentatoire". Pensé par Baudrillard. Une certaine tempérance dans la consommation, par le choix et la conscience.

Ce qui est amusant, c'est qu'en soit c'est une consommation, et de plus un luxe, réservé à une élite riche et/ou lettrée, informée en tout cas. Et cette posture valide sans le savoir le capitalisme !

Ca confirme une de mes intuitions : ne pas profiter de l'abondance n'est pas une prise de distance avec le capitalisme, mais une façon d'être dedans. Une confusion entre le système qui produit et le résultat des techniques dont se sert le système.


On ne peut pas enrayer la surproduction par le refus de consommer : la surproduction demeure. Ce qui ne signifie pas qu'on a pas la possibilité de faire des choix à hauteur individuelle. Mais concrètement, ils n'ont pas d'impact quand on ne maîtrise pas l'outil de production (aux d'Illitch). Le seul moyen de calmer le capitalisme, c'est de créer ou promouvoir des alternatives plus efficaces que lui. Des outils de production, et une distribution qui n'appauvrit pas…

_____________________________


Je me souviens d'une amante qui ne comprenait pas du tout mon projet polyzamoureux.

Lorsque je lui disais qu'une vision moins fusionnelle de l'amour pouvait venir avec l'âge, elle récusait avec énergie cette idée. On pouvait apprendre, mais ce qu'on attendait de l'amour demeurait.

L'amour avec un grand A, majuscule et enluminé.


Bien que j'apprécierais, je ne pense pas que les gens vieilliront tous polyzamoureux. Il y aura des convertis, mais ce n'est pas exponentiel, ni automatique.

Ce qu'il peut en revanche évoluer, contrairement à ce que pensait l'amante en question, c'est la perception de l'amour. Je ne parle pas de l'amour au sens quotidien, la vie de couple pour être plus précis : un couple qui vieillit peut évoluer mais généralement son modèle de départ ne change pas radicalement. Ce qu'on voit en lui au départ ne change pas. Je pense à ce qu'on pense de l'amour après avoir vécu des amours. (On chemine vers la lapalissade).


L'autonomie des femmes, l'allongement de la vie, le divorce et le report de l'établissement en couple permettent la multiplication des partenaires au cours des années. Plus de gens avec plus d'expérience, plus de partenaires possibles pour plus de monde… Les connaissances sont pls nombreuses et plus faciles d'accès. Plus d'expérience possible, et plus de diversité des expériences : même si les couples durables naissent d'un même milieu, les histoires interclasses rencontrent moins d'obstacles matériels (internet notamment présente de plus en plus d'espaces déclassés) ou moraux. Disons qu'il est plus facile aujourd'hui d'éprouver ses préjugés…


Et, de rencontre en rencontre, on a évolué, on peut attendre autre chose, ou savoir mieux exprimer ses attentes, et quelles qualités individuelles permettent de les satisfaire. Bien sûr, il y a des gens qui mûrissent peu ou pas, et il y a encore plus de raisons que ce soit vrai en amour qu'ailleurs. Beaucoup attendent la sécurité par le couple ; ce besoin étant plutôt régressif, il est aisé de toujours rechercher dans une relation l'idéal d'équilibre qu'on ne trouve pas par soi-même. Et si l'apprentissage dont je parle joue dans cette quête du complémentaire parfait, il peut se résumer à essayer ses sentiments avec des gens différents, sans affiner sa démarche...


De même, il est tout à fait possible que l'accumulation de rencontres se fasse longtemps sans remise en cause personnelle. Je pense à ceux pour qui le célibat n'est pas un recentrage mais une attente consciente ou non de la prochaine expérience de couple. A vrai dire, il doit être difficile de mûrir sans avoir connu le célibat ne serait-ce qu'un an ou deux d'affilée. Le temps de se voir changer, de repasser quelques étapes en se voyant soi-même célibataire, différent de celui qu'on était en convalescence de rupture ou en couple (en attente de couple..).


L'élargissement de l'éventail des rencontres possibles ne rend donc pas systématique l'apprentissage amoureux, il le favorise seulement.

Et on peut refuser d'apprendre.

C'est une posture avec laquelle je suis vraiment en conflit. Une vision de l'amour universel et inchangeable, phénomène naturel comme la pluie ou le beau temps, sur lequel nous n'aurions ni pouvoir ni responsabilité.


Est-ce que le polyzamour est plus responsable ?

Non, dans le sens où les polyzamoureux ne sont pas meilleurs que les autres ni moins soumis aux émotions. C'est de la vie émotionnelle, et même en faisant des efforts pour la sortir d'un flou cache-paradoxe déresponsabilisant, on ne décide pas d'elle, on décide à cause d'elle.

Mais si quand même, parce que le polyzamour postule la variabilité des désirs de l'individu, et propose en conséquence un pacte, un accord explicite sur la prise de responsabilité dans une relation : je sais ce qui peux m'arriver, ce qui peut t'arriver, et un changement chez l'un de nous ne constitue pas une trahison du nous… On prend sur soi les changements de l'autre, et on s'engage (sisi) à demeurer capable de répondre à ses besoins.


Et de remettre à plat si nécessaire… C'est pas seulement "ben comme dans un couple normal, ça va mieux quand on parle". Le polyzamour rejette un certain modèle amoureux, celui du couple fidèle et trognon jusqu'à ce que la mort le sépare. Même si tous les couples ne se donnent pas ce modèle comme objectif, celui-ci reste une référence, par pression sociale ou absence de questionnement. C'est ce qu'il faudrait faire, ce qu'on pourrait faire si tout était au mieux, et si on y arrive pas, on tend vers ça. Une remise à plat polyzamoureuse est nécessairement différente, puisqu'elle peut impliquer que la relation demeure tout en s'éloignant de beaucoup de cette idéal. On peut vouloir arriver à une amitié sans être arrivé à l'âge du dentier, et que cette amitié comporte encore un caractère amoureux. S'engager dans le polyzamour, c'est une prise de risque différente, mais forte, on admet d'emblée que l'éloignement n'engendre pas le renoncement. Il faut beaucoup de confiance en soit et en l'autre pour admettre ces changements.


Tiens, en passant, ça différencie le polyzamour du libertinage. Le libertinage ouvre des relations sans nécessairement s'annoncer comme libertinage, parce que ça fait partie du jeu de séduction. Mais on peut commencer par être libertin, tomber amoureux, et s'accorder au polyzamour pour pouvoir demeurer libertin au su de l'autre (à priori en passant sur les détails, petits pervers).



Je lis (dans le mag Philosophie, très bien pour mes besoins) l'intervention d'une neurologue. Elle semble dire que l'amour est une sorte de shoot hormonal, et que le désamour arrive tôt. Le reste serait une construction culturelle, c'est-à-dire variable selon les lieux et les époques.

Une remarque intéressante sur les défauts : pendant l'amour, il ne sont pas perçus comme néagatifs, après ils deviennent gênants. Le cerveau sort donc d'une illusion avec le désamour, mais n'accepte pas d'avoir fait erreur. Alors on pense que l'autre nous a trompé, ou qu'on s'est trompé de personne… Alors que c'est l'idée d'un amour unique qui est fallacieuse, puisqu'on peut avoir le shoot avec quelqu'un dont les défauts nous gêneraient autrement.

samedi 19 avril 2008

Tiens, un poste presque d'hier.

Cher Ray Zo,


Journal :

N'en faisons pas mystère, je déprime.
Au soucis que représente mon inadéquation avec la vie moderne, et plus précisément la difficulté d'y trouver une niche d'épanouissement pour plante rare (ni utile ni décorative), s'ajoutent quelques emmerdements connexes.

Ca a commencé avec le passage de mon père, qui m'a remis le nez dans mes soucis.
Le point :

- une épée de Damoclès dans mon entreprise : je vais probablement être convoqué pour me faire engueuler. Je ne sais pas quand, mais ça va tomber. Non sans raisons. Mais sans vraiment bonnes raisons.
- j'ai pas de temps pour moi. En fait, mon rythme de travail me laisse les matinées. Résultat immédiat, je m'endors tard, me lève tard. Ca fait 3 mois que je dois aller chez le coiffeur et j'arrive plus à aller au ciné.
- j'ai demandé mes congés trop tard, pas de la bonne manière, et je ne sais pas quand j'en aurai.
- je me mésorganise pour voir équitablement ma famille Apou et k-puchett. Et au final, le temps que je distribue ne satisfait personne, surtout pas moi.

Compensation, au poste d'accueil, je peux lire et écrire des trucs pour moi. Mon cerveau ne s'oxyde donc pas complètement.

N'empêche que je me lève sans entrain ; c'est pas un effort qu'il me faut, ce sont des mégawatts d'auto-persuasion. Pour daigner ne pas me rendormir, penser à un moment dans la journée qui sera vraiment agréable, et essayer de le transformer en centre moteur. Et des moments agréables, je n'arrive pas à en inventer où à m'en trouver à chaque fois. Donc, il y a des jours - nombreux - où je me lève et me couche avec des idées noires, de la fatigue générale, pas de cœur. Et bien sûr une envie de sieste permanente.

C'est pas grave, mais c'est un bon critère personnel pour repérer une déprime.
Ce qui me rassure un peu, c'est que je continue à réfléchir, et pas seulement sur le mode autoflagellatoire. There has to be an invisible sun that gives its hope when the all day's gone. Toussa.


En lecture :


Lu Bad Monkeys, de Matt Ruff. J'aime bien cet auteur. Il s'amuse à faire des histoires très imagées, un peu surréalistes.

Après une tentative de meurtre, une femme est emmenée en prison psychiatrique. Elle déclare appartenir à une organisation secrète, capable de surveiller les gens via des caméras invisibles placées dans les yeux des photos, qui recrute des péquins pour lutter contre les gens très malfaisants. Un grand délire paranoïaque, donc.

C'est très riche, bourré de références et de bonnes idées, c'est haletant, mais ça manquera peut-être d'innovation pour des lecteurs plus exigeants que moi. Un peu comme si Dick et Pynchon avaient lissé leur projet pour privilégier le storytelling (pas la narration, la méthode d'écriture). On peut aussi bien trouver ça plus accrocheur. Ce roman c'est de la très bonne consommation courante. Le précédent, Le Souffle de l'esprit était un peu plus habile (basé sur des cas de personnalité multiple romanesquement bien utilisés, et le tout premier traduit, Un requin sous la Lune, est un vrai bijou de SF, avec des gentils terroristes en sous-marin jaune et une simulation d'un autre auteur de SF (Ayn Rand, auteuse d'anticipation ultralibérale peu traduite mais culte aux U.S).


En lecture : Vol de sucettes / Recel de batons, de Ravalec. Deux recueils de nouvelles en un. Comme d'hab chez lui, des paumés, des ambiances speed ou confuses, et quelques petits délires psychédéliques. Plusieurs histoires à propos de tournages de clips et de pub. Des personnages naïfs qui font pitié et qui font avec.

En fait, les nouvelles de Ravalec sont généralement mieux composées que ses romans. Mais je préfère ses romans parce que ses illuminations, même si trop étalées, y sont plus prenantes : je me sens plus hypnotisé, comme par les machins à motifs brahmanes, là.



Drift-raff :

(Serial Spoiler de l'autre côté du mirroir)

Tiens, je repense à Matrix. ( Décroche pas, je parle de plein d'autres trucs en même temps. Si t'es allergique à Matrix, je te met un BIP pour reprendre ta lecture)
Vive les objets incomplets ou faussement complets, il permettent de fantasmer plus longtemps.
Un truc auquel je n'ai pas beaucoup réfléchi, c'est que la fin n'est pas exactement un happy end. Neo est physiquement absorbé par les robots de Zero city, ce qui conduit à une remise à jour de la matrice sur un mode différent de celle pour laquelle il était programmé (après sa rencontre avec l'Architecte).

Zion et ses habitants sont préservés, et sont censés vivre en paix avec les machines.
Mais après l'agentsmithisation de la Matrice, puis la défaite de Smith, il a qui dans la Matrice ? A priori, les humains pas débranchés y reviennent. Il n'y a pas de grand débranchement général où tout le monde sort des batteries d'élevage (du parc humain).

La question du devenir humain reste posée, Neo peut être appelé à revenir.
Du coup, la matrice n'est pas exactement remise à zéro. Mais malgré le ménage fait à grand bruit et la survie des humains débranchés, comment les machines vont-elles pouvoir passer à autre chose que l'élevage des corps en batteries ?
BIP.
Parce que concrètement, à la fin du film, l'humanité en est toujours là, le monde physique est présenté comme inhabitable…

Comme dans I.A de Spielberg/Kubrick, la réalité simulacre est préférée à la réalité sèche, la Terre ruinée. C'est le point de vue d'un robot, mais d'un robot conscient.

Dans Avalon, Mamuro Oshii débouche de façon plus discrète sur la même conclusion : le personnage est arrivé à un nouveau niveau, niveau de jeu total, mais niveau de jeu tout de même puisque certains corps disparaissent. La différence c'est que ce niveau, beaucoup plus proche de notre réel, ne propose pas d'objectifs. Enfin pas plus que notre réel. Ce qui laisse une liberté sur le plaisir à y participer, à la différence du réel de départ du personnage, monochrome et pauvre. Note : ce final (un plongeon dans une foule plus réelle que le réel précédent) constitue l'image inversée de la scène explicative de Matrix. L'un conclut là où l'autre commence.

Dans eXistenZ de Cronenberg, la fin relève (presque) de l'indécision. Les joueurs ont fait une boucle, et leurs références de réel sont incertaines. Et finalement, ils regardent (et pointent leurs armes) vers nous.

Dans Vidéodrome du même Cronenberg, la réalité simulacre envahit le réel, s'y est introduite. Et le réel en devient plus amusant.

Dans La petite Marchande d'allumettes (un coréen dont je n'ai pas le nom) le Game Over est la fin, fin volontairement déceptive.

D'une certaine manière, dans tous ces films, la fiction célèbre la fiction. Essentiellement parce que le monde réel est chiant.

Stalker propose un discours inverse. La fiction n'a pas de support (la Zone n'est pas un artifice ni un simulacre). Le passeur de Stalker, qui préfère croire, et c'est sa Foi qui met des couleurs au monde.
Et Stalker, par son parti pris antispectaculaire - et donc parfois chiant, hein, j'crains pas de l'dire - est la seule de ces fiction qui potentiellement peut aboutir à un impact sur le réel : elle nous renvoie le pari de Pascal, et nous propose de jouer avec les réalités.

L'échec éducatif se situe dans l'aspect rébarbatif, sans séduction.

Au final, tous ces films concluent sur le plaisir d'un jeu, du simulacre stimulant. Pourtant, ces récits échouent tous. Comme le dit Proust, l'art est au seuil de la vie spirituelle, il y introduit mais ne la constitue pas. Hors un spectateur passif ne devient pas un joueur, un initié.

Une fiction initiatrice idéale serait donc un jeu (de pistes, un puzzle film incomplet, un jeu de rôle… Les geeks peuvent avoir une vie intéressante, sisi). Cette fiction étendrait le jeu au réel (ce que souhaite d'ailleurs faire Gibson, voir son interview dans un chornicart récent).
Le problème, c'est que si on cherche à fond, étendre le jeu dans le réel, ça relève du rapport de pouvoir (prise de pouvoir ou sabotage). Ca aboutit plutôt à l'illégal. Sauf éventuellement en prenant au sérieux Pour une nouvelle sorcellerie Artistique de Ravalec.


Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.


16 Avris 08

Cher Ray Zo,


Journal :

C'est ringard de causer de 68. Quarante ans après, on peut en faire un parc à thème. C'est tout aussi ringard de taper dessus. On a pas l'air moins bête en joggeur à piles qu'en pattes d'eph.

Je fantasme sur un piège situ pour le télémarketing direct.

Un plateau de réception d'appel virtuel de militants anti-pub. Les télévendeurs de cuisines seraient envoyés dans un réseau kafkaiens de numéros de téléphone, où les gens leurs répondraient des trucs abracadabrants, la personne qu'ils cherchent les laisseraient en attente pendant des heures avec des musiquettes crispantes… Ou ils tomberaient sur des happenings pas possibles (enregistrés), avec des meurtres à l'autre bout du fil, des concerts de scies électriques, des gens qui parlent en japonais…

Le feu par le feu, quoi.


Drift-raff :

Ayé, ayé ils reviennent !
Le ministère de l'Emploi veut renforcer les devoirs de chômeurs. Pas lutter contre le chômage, ou repenser le travail, hein.
Non, sanctionner.
L'idée, c'est, après 6 mois de chômage, et 2 offres "raisonnables" de l'ANPE refusées par un chômeur en un mois, le chômeur doit accepter la suivante. Raisonnable, au bout de 6 mois de recherches, ça veut dire 30 % de salaire en moins que le précédent et deux heures de transport par jour si nécessaire.
Travailler autant pour gagner moins.

Constat : ce n'est pas parce qu'on est qualifié qu'on garde un emploi.
Pourquoi pas.
Je suis pas fou du CDI pour tous, tant que l'appauvrissement ne guette pas, qu'un système social assure derrière. Ce qui n'est pas vraiment le cas, et la mesure évoquée ci-dessus empirant les choses. La ringardisation du néo-libéralisme arrive, patientons.

Donc, quand on est formé, expérimenté, on peut réclamer un minimum plus qu'en début de carrière, ou qu'un clampin sans connaissance du métier. On peut s'attendre à pouvoir vivre et faire vivre son foyer sans avoir l'impression de s'être approché trop près du bord de la falaise.
Non?
Non, plus aujourd'hui, un-deux-trois, plus flexibles les mains, plus haut la croupe, et on dit merci !

Je me souviens avec émotion de ma période manifs. Les syndicats prenait des gares entières d'usagers en otage, on les tenait en respect avec des kalach', on bêlait nos revendications trotsko-goulaguistes, le soir on buvait de la villageoise dans nos flûtes en cristal et on crachait sur la bourgeoisie en visant bien pour pas toucher nos parents. Et on faisait rôtir des enfants au milieu des merguez de la CGT.

Heu, non, c'était pas cette fois-là.

Donc, mon petit souvenir c'était pendant les manifs des chomeurs. Fin 96, je crois. Au milieu des pancartes qui disaient "du boulot" "stop aux licenciements" et "la retraite à 60 ans" (ah quelles belle inconscience…), il y avait une banderole qui devint une bande. Elle disait "on veut des boulots de merde payés des miettes".

C'était un groupe qui avait repris (à des allemands) le nom des "chômeurs heureux". Pancarte et dénomination étaient à l'époque, et demeure aujourd'hui provocatrices de frémissement horrifiés. Quoi, des irresponsables (mangeurs d'enfants)(fnord!) qui refusent le travail ? Ils refusent la société alors !?

Précisément, ils pensaient surtout que travail et richesse n'avaient plus un rapport systématique de cause à conséquence, surtout à l'échelle individuelle, et que dans la vie et la société il y avait plein d'autres choses à faire que bosser.


Intéressons-nous un moment au contexte présent.

Il y a aujourd'hui des grèves de la faim, on parle de pénurie alimentaire. En même temps, Monsanto joue de son monopole pour empêcher les paysans de planter autre chose que du Monsanto et barrent le passage à leur distribution, l'occident dicte la nature et la destination des productions alimentaire du Sud et les U.S.A réservent la majeure partie de leur culture de maïs à la fabrication de carburant bio. L'abondance des réponses aux besoins naturels est non seulement accessible, mais effective.

Et on ne parle pas de ce qui pourrait être produit, sans gain certes mais au bénéfice de tous, en finançant et orientant la recherche. C'est l'argument même des pro-OGM : laissez-nous expérimenter pour qu'on crée des tomates qui poussent dans le désert. Sauf que l'un des produits-phare de Monsanto, c'est la graine Terminator, dont le but est de germer sous forme consommable mais stérile. On plante la graine, mais on ne peut pas garder une part de la production d'une année sur l'autre pour la prochaine récolte. Il faut racheter les graines à Monsanto. L'idée d'une multinationale philanthrope dans une économie déréglementée est généralement un gag, et en l'occurrence un foutage de gueule cynique. Pourtant, techniquement, faire pousser des trucs dans des endroits difficiles, dessaler et conduire la flotte à travers les frontières comme on conduit le pétrole, répartir les productions en fonction des besoins locaux et seulement ensuite de la demande du marché… C'est faisable. Bénéfique avant d'être bénéficiaire.

Autre élément de contexte, la compétitivité, moteur et la profession de Foi du capitalisme moderne. La compétitivité fait qu'on délocalise les emplois. Elle fait aussi baisser la valeur du travail. Elle tend à pousser toujours plus haut la productivité, à favoriser l'automation. La compétitivité n'est donc plus l'émulation chère aux managers : l'émulation n'existe que si le concurrent continue à courir, hors le capitalisme tend au monopole (c'est pas moi qui le dit, c'est les keynesiens). La recherche du "moindre coût à n'importe quel prix" rend la compétitivité destructrice, pour l'environnement et pour les personnes (c'est limite tautologique). La productivité est plus forte, la production croît… Et les besoins en travail décroissent. La planète pourrit.

Dans une économie néolibérale, une partie conséquente de la force de travail participe à la destruction du monde, sans pour autant offrir aux habitants du monde la richesse produite, ni même un minimum vital. Et une autre partie de la force de travail, l'essentiel de ce qu'on appelle l'économie de service, consiste à vendre (et compliquer) l'accès à la richesse.

C'est ce que je voulais dire par "il n'y a plus de lien direct de cause à conséquence entre travail et richesse". A fortiori, le nombre de gens qui par leur travail créent réellement une richesse dont ils pourraient directement bénéficier plutôt que l'apporter à une entreprise est de plus en plus mineur.


Le travail a toujours été une valeur surévaluée, bien plus souvent instrument de domination que d'épanouissement. Mais aujourd'hui, il a l'effet inverse de ce qu'il promet. Cette proposition de caser les chômeurs en dévaluant leur travail pourrait mettre en évidence l'absurdité de la recherche d'emploi. Ne pas être prêt à travailler dans les conditions actuelles pourrait être une revendication, une des prises par lesquelles saisir l'économie globophage, pour la remettre à l'endroit.

"On veut un boulot de merde payé des miettes" n'est plus une petit slogan ironique à l'usage de défavorisés. Il nous décrit presque tous…


Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.