lundi 27 septembre 2010

Servitude volontaire (digest)

Le désir d'autorité et la foi sont des besoins de base, qui se mêlent spontanément. Pour ressentir la vérité d'une doctrine, on l'applique par un  quotidien "sanctifié" (mange pas de cochon, bois pas, montre pas ton corps, tout salaire mérite travail...). Sans ce genre de directives, de conséquences pratiques, les croyants ne pourraient pas éprouver la portée de leur foi.

Ce besoin d'autorité et d'obéissance à de petites chose, c'est ce qui permet de ne pas douter. De pas remettre en question sa place, celle des autres.
On ne peut pas réformer les humains là-dessus, c'est trop ancré. La plupart des gens n'ont aucun besoin de doute. Mieux, ils font tout pour ne pas en avoir. Qu'ils luttent contre celui-ci avec un dieu, la doctrine marxiste ou leurs besoins matériels, le principe est le même.

Quand on veut changer les choses, où s'opposer à un discours appelant à l'ordre, il faut tenir compte de ce désir de servitude volontaire.
On ne peut agir qu'au moment où les gens se plaignent de ce que la bride est trop serrée ; on ne peut pas les forcer à conclure qu'ils doivent s'en libérer. On ne peut dire que ce qu'on sait, et on ne sait pas à leur place ce qu'ils seraient censés faire une fois libres ; ils  le demandent pourtant.
On ne peut que poser des questions, et attiser le désir d'en poser, attiser l'insatisfaction... la faire aimer comme signe de vie.

vendredi 3 septembre 2010

Le courage des corbeaux

Un travers français : prendre ses réflexes athéistes pour un signe de sens critique.

Ca rate jamais : à chaque fois qu'un film américain évoque la Bible, bum,  t'as au moins trois articles qui dénoncent la propagande et considèrent en conséquence son scénario comme idiot. Quand un américain te regarde d'un oeil pénétré et te dit "Jesus nous sauve", c'est nécessairement un débile congénital ou un émule de Torquemada. Ou un truc dangereux quelque part entre les deux.

La Foi est un sentiment.
Pas plus con que le désir de faire de la maille, celui d'honorer ses ancêtres, l'affirmation de soi, l'amour romantique ou le sentiment d'être un citoyen du monde. Pas pire et pas meilleur. Un sentiment, qui te mène parfois à des trucs bien et assez souvent à des trucs vraiment cons. Tout comme les autres, un sentiment construit, formaté, marque d'une culture. Mais en France, on a la laïcité, on a fait la révolution, Molière nous as expliqué Tartuffe dès la 6ème, héhé, on est trop forts.
Hm, et on en fait quoi de bien, de cet esprit libre ? Ca nous mène vers quels sommets ?
Le petit malin qui me pontifie que les héros américains citent trop la Bible, il a quoi dans le ventre ? Généralement une bouillie fadasse, sans plus de saveur que l'hostie qu'il feint de vomir.

Ce genre d'athéisme, c'est au sens critique ce que les courriers du coeur sont au féminisme. Ou ce que le ketchup est à la tomate. Un sploch.

(Ca sonne tellement bien que je peux me dispenser d'être clair)

jeudi 26 août 2010

Quand le réel est devenu fun.

Selon Lehmann dans sa préface à "retour sur l'horizon", une antho de SF française, la SF est spontanément transcendentale. Dit comme ça... Je propose une hypothèse qui confirme cette proposition et resserre son lien avec l'imaginaire. Dans un monde de communication, le récit, les références sont partout. L'âge des mythes est revenu. L'exemple le plus schématique étant l'usage du Storytelling en politique (Les falsificateurs, le roman de Bello, en est une passionnante illustration ).

Les symboles et récits ont retrouvé leur rôle ancien. Dans les grottes, on peignait la chasse pour favoriser la chasse. Les statues antiques étaient des incarnations concrètes du divin. Aujourd'hui, Argos-Panoptés, le Géant aux cent yeux, c'est pas une antiquité, c'est juste la caméra dans le métro. Et un récit ("il y a un terroriste qui fuit l'armée en mobylette" ou "je suis hyperactif,  si je suis élu, je vais rendre la France hyperactive") peut influencer nos comportements. La mémétique est le fonctionnement actuel de la magie...

Donc si on décrit le monde actuel de façon réaliste, on utilise des récits et de mythes.  Comme le fait Thomas Pynchon, par exemple. Ou Garcia-Marquez, avant lui...  D'une certaine manière, une partie de la littérature escapiste* ne fait  donc plus que désigner le réel, le réel est devenu ce qu'était l'Art, un jeu à décoder - encoder.
L'imagination est arrivée au pouvoir, parce que la technique dépasse en permanence l'idée qu'on a du réel.
Les archétypes de Jung + le Storytelling + des boulons = ce qu'écrirait Zola aujourd'hui s'il voulait toujours faire du réalisme. Ce qu'il a fait, d'ailleurs, puisque la fin du cycle Rougon-Macquart contient une potion magique.
Ne PAS décrire cette transcendance maintenant quotidienne, ça, c'est une littérature hors du monde et du réel. Ses auteurs sont finalement beaucoup plus enfermés dans le faux que les autres, ils font une fiction qui relève de la falsification, puisque son réel exclue la présence de métaphysique.


L'escapisme, c'est la réalité, gloire à la nouvelle chair.


* : de "escapism", désignant en anglais la littérature d'évasion au sens très large -  tout l'art qui divertit le lecteur du réel au lieu de le lui désigner.

jeudi 12 août 2010

DW

En fait, Doctor Who, c'est du dandy pulp avec de la twilight zone.
Dit comme ça, je suis pas certain de le vendre mieux qu'avant...

mardi 3 août 2010

les nazeurs

"nazeur" : le mot vient du site rue 89. On peut noter les commentaires, et si on lui met une note basse, on le naze.
C'est probablement un point godwin caché, en fait, ce mot...

J'ai toujours eu une pointe d'agacement face à un comportement courant dans le geekdom : les mecs achètent le produit, tous les produits d'un certain genre (comics, billets pour des films de SF...) et lui cassent du sucre dessus, selon des critères super élevés, comme quoi l'oeuvre prend les gens pour des cons, que ya pas assez d'intelligence, que c'est crétin.

La source de ma crispation, je viens de la trouver. Le nazage d'oeuvres issues d'un univers pour lequel on a du goût me semble être, dans la plupart des cas, une hypocrisie et une auto-valorisation facile.
Une façon de dire aux gens qu'on est plus intelligent que ce qu'on consomme, même si on continue à le consommer (ça doit d'ailleurs être valable dans beaucoup de domaines autres que la culture geek). Merde, sssumez vos bas instincts.

Si je vais voir, prenons un exemple d'école, Babylon A.D. avec Vin Diesel. En particulier si je suis un peu informé par le buzz, mais "Vin Diesel" sur l'affiche devrait être une info assez significative en soi, qui devrait pousser à la consommation ou à son refus. C'est complètement faux-derche de dire que le film est mauvais parce qu'il est bête, concentré sur l'action et pas aussi fin que le bouquin. C'aurai été une excellente surprise que ce ne soit pas le cas, mais quand même. Le film est plutôt moyen, certes. Mais naze parce qu'il a les caractéristiques habituelles d'un blockbuster d'action SF? Si vous aimez les blockbuster SF, allez y et profitez du truc, si vous n'aimez pas les clichés de ce genre, n'allez pas en voir (genre le mois de sa sortie) sans vous être assuré d'un minimum de qualité.

Si on est très malin et très au dessus des oeuves qu'on a dénigré, on consomme autre chose, c'est tout. Lisez des trucs, ou même jouez à la console, on s'en fout. Mais vous rachetez pas une conscience, ça demande un peu plus que quelques sarcasmes convenus.



Mais oui, je sais que la mauvaise foi est un droit fondamental.

jeudi 29 juillet 2010

très petit bout de biscuit

BRAZIL, c'est écrit au fil de la plume. Mais avec les pieds. L'intention de ce style, c'est de sortir des cases, de jouer sur la corde maverick de la critique. Les écrans de ciné aussi sont pavés de telles bonnes intentions. Du bon pavé bien lourd.
Un style pauvre, en roue libre, ça rend pardonnable la mauvaise foi. Sans laquelle il n'y aurait pas beaucoup de presse ciné... Le défaut spécifique de la revue rend finalement tolérable le défaut qu'elle partage avec les autres.
Non, parce qu'autant c'est pas ce qui se vend le mieux la subjectivité, c'est pas non plus ce qui manque dans l'environnement culturel. Tout le monde il est subjectif. Et même bouffi d'érudition.
La plupart des revues y mettent du snobisme germanopratin, quelques unes un peu de démagogie de niche, au moins BRAZIL échappe à ces postures.

Ceci dit, la générosité des articles compense assez bien les prises de positions (parfois) (non, assez régulièrement) sous-argumentées...
Avec BRAZIL, c'est comme faire un tour chez les parents, tu repars pas les mains vides, t'as des réserves. Des tas de petites références, de témoignages alléchants, des tas de trucs dans le rab que t'es bien content de chopper. Comme dans ces festins, dans les menus de mariages, où la qualité est pas toujours à la hauteur de l'événement, mais où tu as forcément quelques bons morceaux, quelques bons verres, et dans un moment d'abondance, au fond, t'es content.
Pour deux pages complètement sans intérêt (généralement l'interviewer est trop content de la bonne ambiance avec l'interviewé, tu sais ce qu'ils boivent, ce qu'ils ont regardé à la télé hier, si ils ont eu un rhume), t'en as deux où les mecs parlent avec passion de leur boulot, de ce qu'ils mettent dedans. Là, personne ne fait le malin, ni démago, ni snob, là t'as de la substance. Plus qu'ailleurs. Alors...

vendredi 23 avril 2010

Silence dans l'écrasement

Des heures et des mois,
à non-vivre,
à hanter les rayons du supermarché,
à être sale,
à ne pas comprendre,
à penser si peu,
à ne plus parler pour ne pas attirer encore plus de néant,
à n'espérer que de ne plus être déçu,
à trop dormir, jamais se reposer,
à ne rien faire, mais tellement mal rien faire,
à être malheureux, être mal, sans que personne ne fasse de mal,
à avoir le tort que ce ne soit pas plus difficile,
à vivre gâché,
à m'écraser toujours plus pourri, moisi.