vendredi 16 mai 2008

Le mec chiant, déjà.

Cher réseau,


Une peur : je crois être un garçon ennuyeux. Je pense l'être la plupart du temps, en fait.

C'est peut-être que je m'ennuie souvent.

Et puis, je ne suis pas souvent drôle.

En ce moment je crois être un peu sinistre, même, j'ai envie de rien qu'à me plaindre.

Je ne suis pas particulièrement intelligent. Même quand mon avis n'est pas banal, j'ai pas les ressources ou munitions mentales pour intéresser quelqu'un avec.

Je préfère souvent ne pas échanger à un désaccord mal exprimé et inefficace. Alors, on reparle encore de ci ou ça, et puis je laisse causer. Trop patient, et pas entreprenant.

Je passe mon temps à rêver à autre chose.

J'aime pas danser. Et bois peu.

Je suis pas à l'aise avec les inconnus, sauf s'ils multiplient d'eux-mêmes les signaux de connivence.

Et je te parle pas de mon ton de voix, idéal pour endormir les femmes ou leur faire penser à acheter des endives. Je parviens à endormir mes psy avec ma voix, et pourtant, je m'intéresse à ce que je raconte, dans ces cas-là.

Or, pour moi, on doit savoir faire réagir l'autre. Peut-être que je cherche trop à apaiser. Ou alors je suis indécrottablement lymphatique.

Tu dors, là ?

Je m'en doutais.


En lecture :


Vincent Ravalec : Nouvelles du monde entier.

L'art de la candeur/ le délire de l'immédiat comme recomposition d'un monde chaotique…


Une récurrente de la narration, c'est le point de vue du narrateur qui essaye d'abolir la distance avec les personnages et avec lui. Le ressenti du narrateur est plein d'interrogations, ce qui permet de nombreuses variations dans cette proximité voulue. L'authentique est parfois une vérité simple, parfois une révélation, parfois une superficie ou une superficialité mise en valeur par une parole devenue ironie. Et d'autres nuances qui au final donnent du vivant au texte.


Je retrouve l'une de mes figure de style favorite, le discours mi-direct mi-indirect (plus sûr de comment ça s'appelle ? Discours indirect libre ?). Par exemple : "Fala s'est levée et a balancé le cendrier en même temps qu'elle criait mais tu peux bien te les baiser tes Pamela Anderson, j'en ai rien à foutre". On économise les guillemets, les subordonnées "il dit que, elle répondit que". Bien maîtrisée, cette figure permet beaucoup de subtilités, concilie le percutant et le didactique, et préfère une manipulation ouverte des mots à une neutralité trompeuse. J'avais travaillé dessus en fac, dans les romans autobiographiques de Jules Vallès.

Intéressant, Ravalec semble utiliser indifféremment l'indirect libre, le discours cité, le dialogue et le discours rapporté. Je n'en suis pas certain, mais je crois qu'il s'agit autant d'un choix en fonction du rythme de la langue et du récit que de la distance voulue entre le narrateur et les personnages qui s'expriment.




Drift-raff :


Bon, j'atterris à peine sur une question basique.

Comment ça se fait qu'un gars comme Jésus, dont on a prouvé l'existence historiquement, devenu avec les siècles la superstar number one, n'ait jamais été physiquement retrouvé ?

Selon l'Eglise, il s'adressait au monde entier. Avant Paul (IVème siècle), on considérait qu'il s'adressait uniquement aux juifs, non aux Païens.

Mais si de sa dépouille et de sa généalogie il ne reste rien, en fait, il était juste leader religieux d'une petite faction, non ? C'était pas un gars exceptionnel.

Le message est intéressant, pas véritablement novateur finalement (il y avait de la concurrence, chez lui), et par ailleurs très déformé par ses porteurs ultérieurs. Mais physiquement, archéologiquement, rien ne montre qu'il fallait en faire tout un fromage, de ce prophète.

Ce qui est embêtant, parce que le fils de Dieu devait probablement avoir une idée de comment laisser une empreinte identifiable dans le temps. Genre une tombe.


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Ce qui serait bien, ce serait un protocole international sur la prise de responsabilité. Dès qu'une personne atteint une quantité critique d'influence sur le monde (du prince Saoudien au PDG de Microsoft), mais également un parieur en bourse,, il devrait répondre à un questionnaire psychologique et social.

Il ne s'agirait pas de contraindre directement, mais de rentre prédictible les comportements des personnes influentes. Et de former des agents spéciaux capable de les influencer. Gnihahahaha.


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Les économistes probabilistes sont des cuistres.

Si si, je viens de me le faire démontrer.

En fait, les mathématiques probabilistes sont basées sur une prémisse fausse du point de vue pas négligeable du réel, la courbe de Gauss. Dans cette courbe en cloche, le gros des événements se rassemble autour d'une moyenne. Or, aucun événement réel, d'ordre biologique, social, économique ou climatique ne peut être prédit suivant la moyenne des probabilités, puisque ce qui est important se déroule en général aux extrêmes de la courbe, là où les probabilités sont nulles ou presque.

Rien qu'à cause de ça, on devrait limiter l'influence de la bourse sur l'économie réelle. Parce que ces mathématiques sont la base de leur formation.

L'économie financière est donc un pur jeu de hasard, avec lequel quelques têtes de lard incapables d'un minimum de sens commun foutent le monde en l'air.

3 commentaires:

Marie-Georges Profonde a dit…

Bien dit (je parle de l'article sur les économistes probabilistes)! Pour le "je suis chiant" est-il besoin de préciser qu'en te lisant on se sent proche de ce sentiment que tu décris ? Je dis "on", c'est évidemment "je" mais sûrement pas "je toute seule".

Juan Selenita de Siestacorta a dit…

merci.

Mais c'est impossible qu'on se sente proche de moi, on a pas le droit : je tiens à être chiant mais exceptionnel quand même.

Marie-Georges Profonde a dit…

Hi hi... Je comprends. Mais était-il besoin de le préciser ? Après tout, ton caractère exceptionnel est de notoriété publique puisque les hommes naissent égaux en droit et uniques au monde, mais certains plus que d'autres. A la lumière de ta prose, je t'accorde volontiers cette tendance au débordement de l'exception. Quant au côté chiant, c'est pour l'heure un peu court...