samedi 24 mai 2008

Territoires plus ou moins enchantés

Cher Ray Zo,




Journal :


Toujours sous le joug de la pression due à la présence familiale.

Par ailleurs, mon employeur, après m'avoir signifié que j'étais licencié, m'avait demandé de rester en attendant de me trouver un remplaçant. Et ne l'a toujours pas trouvé au bout de deux semaines. Je trouve la chose un peu cavalière, d'autant que je serai vraiment heureux de passer quelques temps au chômage, pour respirer.

Bref, je passe d'états d'abrutissement et de lassitude extrême à l'irritabilité la plus désagréable. Des envies vengeresses d'envoyer plein de gens dans l'océan (salariés de l'entreprise, usagers du métro), ou sur la Lune, un endroit lointain d'où je ne les entendrais pas.


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Un souvenir : la première image effrayante et marquante, j'ai dû la voir dans une église. Sur un vitrail, des anges armés, aux visage sereins, maltraitaient des gens, ou les piétinaient.



En lecture :


Jonathan Strange et Mr Norell, gros pavé divertissant de Susanna Clarke. Ton très anglais, souvent plein d'une ironie amusée. Narratrice extra-diégétique cordiale. Récit à tiroirs, plusieurs contes enchâssés dans les chapitres du roman, souvent sous forme de notes de bas de page de plusieurs pages elles-même. Cadre "gothique" de l'angleterre du XIXème, entrée progressive de la magie, sur le mode du merveilleux.


Drift-raff :


Protectionnisme. Le mot n'est pas très engageant. On s'imagine de douaniers dans des miradors blindés, veillant au travers de meurtrières exiguës sur des frontières fortifiées, recroquevillés dans la crainte qu'un étranger s'adresse à eux dans un patois guttural pour essayer de leur vendre des légumes pleins d'asticots.


Alors que bon. Non.

Le protectionnisme change de sens en fonction de la communauté à laquelle il s'applique (un pays, une alliance commerciale, une région…) et surtout de son domaine d'application.

Par exemple, favroiser un marché commun de la bouffe en Europe, en défaveur de l'importation de céréales ou de fruits et légumes étrangers, ça aurait un peu de sens.

Des fraises qui n'auraient pas fait plus de deux mille bornes pour venir, qui utiliseraient moins de gasoil cher au litre et tout polluant… S'arranger pour faire pousser près de chez soi une partie importante de ce qu'on consomme, au lieu de faire d'immense champs d'un seul machin qu'on arrivera pas à exporter finalement.

Mais l'agriculture intensive demeure le modèle dominant, favorisé par les aides de l'Europe. Et dans les formations spécialisées, c'est un dogme, on ne propose pas d'autres alternatives.

Ca doit venir d'une fascination pour les gros chiffres : 100 quintaux de blé doivent plus stimuler l'entrepreneur que 33 de trois plantes différentes…

Je connais mal cette partie de l'économie, mais intuitivement, je crois que le marché n'a pas favorisé le bon sens dans ce domaine… Je serai intéressé par toute vulgarisation bien foutue dans ce domaine…


Nan mais sérieux. Le prix de la bouffe devient inaccessible, vraiment. 44 % du budget des ménages pauvres passe dans le loyer, l'électricité… Plus le ménage est pauvre, moins il reste de quoi bouffer, et j'imagine que plus le loyer montre, plus il y a de gens qui ne peuvent pas en payer un. J'ai la sensation que le paradoxe entre une économie riche et des besoins basiques inassouvis (nourriture, loyer, environnement non-apocalyptique) se fait plus visible, que la limite du système est sensible.


Tu peux toujours dire que je suis un rêveur. Mais je ne suis pas le seul.

1 commentaire:

Marie-Georges Profonde a dit…

Je vais bêtement acquiescer (et je n'ai même pas de tuyau concernant un bon livre sur le sujet) mais c'est vrai que quelques mesures de bon sens concernant la production agroalimentaire seraient les bienvenues.